Pour conserver le dessin au fusain sur le papier, il y a plusieurs procédés: ou bien l'on enduit le papier d'une couche d'huile à sa partie postérieure, ou bien on le passe dans du lait; on peut aussi repasser sur le trait au fusain avec un crayon noir ou de mine de plomb.

Le même châssis et la même étoffe peuvent servir pendant très-longtemps; car il suffit, pour effacer complètement le fusain sur la tarlatane, de la frotter légèrement avec une peau de gant.

RÉDUCTION DES OBJETS.

L'appareil que nous venons de décrire nous donne le moyen du réduire les objets dans toutes les proportions voulues; ainsi tout le monde comprend que le dessin sera d'autant plus petit relativement à l'objet, que celui-ci ou l'œil du dessinateur seront plus éloignés du cadre, et vice versa. Pour faire un portrait d'une grandeur déterminée, il suffit de marquer sur l'étoile, au moyen de deux points, la hauteur que l'on veut donner au portrait; puis, en rapprochant ou éloignant le cadre du modèle ou de l'œil, on finira par les placer à une distance telle l'un de l'autre, que le sommet de la tête et le dessous du menton coïncideront avec les deux traits marqués sur la toile. Ces réductions ont une limite qu'il est difficile de dépasser, parce que si le modèle est trop éloigné les contours deviennent indistincts, et le trait du fusain n'est pas assez délié pour exprimer nettement les contours d'objets trop petits. Toutefois, on peut réduire les objets dont les contours deviennent indistincts à de grandes distances par un artifice très-simple. Il consiste à dessiner d'abord l'objet à la distance où ses couleurs sont parfaitement accusés, puis à reporter ce dessin sur une feuille de papier, et copier ensuite ce dessin avec l'appareil en le réduisant dans les proposions demandées. Néanmoins il est évident que le procédé de M. Rouillet se prête peu à la reproduction des petits objets, mais beaucoup mieux à ceux de grandes ou de moyennes dimensions.

GRANDISSEMENT DES OBJETS.

Pour simplifier l'exposition du procédé, je suppose que l'un veuille faire le dessin d'une statuette double de sa grandeur. On dessinera d'abord cette statuette sur le châssis d'après le procédé ordinaire et dans une proportion quelconque, préférant celle où le dessin présentera la plus grande netteté; puis on marquera sur une grande toile, ou sur un plan vertical quelconque, deux points de repère dont la distance verticale soit double de la hauteur de la statue. Cela fait, on placera le châssis devant la grande toile, et derrière le châssis on mettra une lampe à mèche plate de façon à ce que le plan de la mèche soit perpendiculaire à celui du châssis. On baissera cette lampe jusqu'à ce que la flamme se réduise à un point lumineux. Alors les rayons de lumière traversant le châssis éclaireront la grande toile; main partout où le fusain aura marqué sur la tarlatane, la lumière ne la traversera point, et par conséquent l'ombre des traits se projettera sur la toile sous forme de lignes noires qu'il suffira de suivre avec un crayon quelconque, en s'effaçant de manière à ne pas intercepter la lumière. Pour que la grandeur du dessin soit le double de celle de la statue, il suffira de faire varier la distance du châssis de la toile et de la lampe au châssis, jusqu'à ce que l'ombre du sommet de la tête et celle des pieds de la figure, coïncident avec les deux points de repère. La distance verticale de ces deux points étant double de la hauteur de la statue, il est évident que le dessin sur la toile sera une fois plus grand que la statue que l'on avait prise pour modèle.

M. Lassus, rapporteur de la commission qui a examiné le procédé de M. Rouillet, a perfectionné la lampe employée pour le grossissement des objets. Pour que l'ombre portée sur la toile soit nette, pour qu'il n'y ait point de pénombre, il faut que la flamme soit réduite à un point lumineux, il place donc la flamme de la lampe au foyer d'un miroir métallique concave en forme d'ellipsoïde de révolution A B C, qui fait converger tous les rayons vers un orifice très-étroit D, à travers lequel ils s'échappent, et qui peut être considéré comme un point lumineux; on voit, en comparant les deux flèches placées devant ce point, comment le grandissement a lieu. La plus petite représente un objet dessiné sur la tarlatane; la plus grande est l'ombre amplifiée de l'objet.

Le grandissement jusqu'au quintuple s'obtient sans que les ombres des traits s'élargissent. Au delà, les contours deviennent vagues et les ombres s'affaiblissent. On aura toujours soin de suivre avec le crayon l'axe du trait et non le bord extérieur ou intérieur des ombres. Le grandissement des objets est un grand service rendu aux peintres en général et aux peintres d'histoire en particulier. Ils pourront ainsi grandir leurs esquisses dans une proportion quelconque, et ne perdront plus des heures précieuses à mesurer la grandeur relative des parties ainsi amplifiées.

Pour obtenir un grandissement médiocre, M. Rouillet conseille un procédé fort simple: il consiste à placer à une petite distance du châssis sur lequel se trouve le dessin un papier transparent bien tendu. La flamme étant derrière le châssis, l'ombre de l'esquisse se projette sur le papier et on en suit les contours que l'on aperçoit en se mettant derrière le papier tendu. Ainsi, dans la première méthode, le dessinateur se place entre le châssis et le papier ou la toile; dans la seconde, il se place derrière le papier.