Donnons donc un nouveau regret à cet homme éminent, si tôt enlevé aux lettres et à la patrie. Personne, hélas! parmi la génération nouvelle, ne se levant pour remplacer ceux qui s'éteignent, la mort de chaque grand poète doit sembler deux fois douloureuse, et par la perte d'un beau génie, et par le vide qu'elle laisse après elle, et qui ne sera point comblé.

Les obsèques de M. Casimir Delavigne ont eu lieu mercredi, 21 décembre. Toutes les classes de la société avaient des représentants à cette triste solennité; ou évaluait à plus de six mille le nombre des assistants. Les notabilités littéraires, artistiques et politiques s'étaient particulièrement empressées de venir rendre ce dernier devoir à l'illustre poète.

Le deuil était conduit parle fils du défunt, et par MM. Germain et Fortuné Delavigne.

L'Académie Française, la commission des auteurs dramatiques et la Comédie-Française, assistaient en corps aux obsèques.--Le roi et le duc de Nemours avaient envoyé leurs voitures.

Des discours ont été prononcés sur la tombe de M. Delavigne par MM. Montalivet, Victor Hugo, Frédéric Soulié, Tissot, ancien professeur de M. Delavigne, Samson et Léonard Chodsko: celui-ci parlait au nom de la nation polonaise.

Une souscription va, dit-on, être ouverte pour élever un monument au grand porte que la France a perdu. Les théâtres, et d'abord la Comédie-Française, contribueraient par des représentations à cette œuvre nationale.

Ces derniers jours ont été attristés par plus d'une mort; je ne parle pas des morts vulgaires: celles-là suivent leurs cours habituel et s'accomplissent sans bruit. Je veux parler des morts qui emportent un homme d'esprit ou de talent, interrompent tout à coup celui-ci au milieu d'un bon mot, celui-là dans la méditation d'une œuvre importante, et obtiennent dans le journal du lendemain les honneurs de l'article nécrologique. Ainsi nous avons à regretter Casimir Delavigne, mort illustre! Presqu'en même temps que le noble poète, un autre homme mourait, qui n'était qu'un homme intelligent, d'humeur originale et plaisante; mais il avait poussé si loin la singularité et la verve folle, qu'il était arrivé par là à une véritable célébrité, du moins dans le monde où il vivait et dans le cercle de ses nombreux amis.--Casimir Delavigne a droit à une place à part, à un hommage sérieux, complet, à l'abri de tout voisinage et tout mélange; cette place particulière, l'Illustration l'a réservée au poète.--Quant à Wollis, l'autre mort, ce n'est pas un de ces fiers enfants de la Muse, un de ces bardes inspirés dont on n'approche qu'avec respect et qui demandent un sanctuaire; on peut donc placer ici Wollis sans façon, et lui faire un simple signe d'adieu. Certes, l'ombre de ce gros, intéressant et joyeux philosophe ne se fâchera point d'être ainsi traitée sans plus, de cérémonie; il n'est pas possible que Wollis soit plus exigeant sur le décorum après sa mort que de son vivant: Wollis était certainement l'adversaire le plus déclaré de toute pompe et de toute étiquette.

Tant qu'il a vécut, il fut avocat. Dieu seul aujourd'hui sait ce que Wollis est maintenait!! Mais le n'était pas un de ces avocats jaunes, roides, étiques, amaigris par les vieux rêves et le Digeste; il avait la panse ronde les joues dodues et fleuries, la lèvre pleine d'appétit, l'œil au champagne. Comme, après tout, les dieux et les rois sont soumis à de rudes épreuves dans la succession des résolutions et des métamorphoses religieuses et politiques, on aurait pu croire, à voir notre Wollis, que c'était le dieu Bacchus ou le roi de Cocagne que la charte du paganisme ou l'établissement du système représentatif avaient obligé de se réfugier sous la toge, et de se faire inscrire au tableau des avocats près la Cour Royale de Paris.

Il était de la philosophie épicurienne de feu Étienne Béquet, le prédécesseur de M. Jules Janin au Journal des Débats, et pratiquait la religion de maître Adam: