3º La succession de chocs produits par la rencontre du fluide en repos et du bateau en mouvement consommera une moins grande quantité de travail, vu qu'au moyen de l'espèce de coussin formé par le mélange d'air et d'eau, ils n'auront plus lieu qu'entre corps élastiques.

Pour se former une idée juste de l'importance de cette dernière considération, il suffit de savoir que M. Piobert, chef d'escadron d'artillerie et membre de l'Institut, charge par le gouvernement d'expériences fort curieuses sur la pénétration des corps, ayant tiré des boulets de canon dans l'eau, vit leur mouvement s'amortir avec une extrême rapidité; ce qui prouve l'énorme résistance opposée. Le choc à l'entrée était tel que des obus (boulets creux) qui pénètrent sans se rompre dans des terres rassises étaient constamment brisés.

Rien dans l'état actuel de la science ne peut nous mettre à même de résoudre la deuxième question: sera-t-il plus avantageux d'employer une partie de la force motrice à vaincre la résistance de la manière proposée? M. Lefebvre établit par un calcul dont les données sont tirées de l'ouvrage de M. Poncelet, qu'une pompe qui chasserait à l'avant d'un bateau un mètre cube d'air par seconde, devrait être mue par une force équivalente à seize chevaux-vapeur. Reste donc à savoir, et l'expérience seule peut nous l'apprendre, si un bateau dont les roues seraient mises en mouvement par une force de cinquante chevaux, par exemple, n'irait pas tout aussi vite que si trente-quatre chevaux seulement étaient employés à faire mouvoir les roues, et seize à faire jouer la pompe proposée. Une pareille expérience nous semble devoir être nécessairement faite un jour ou l'autre.

Au reste, pour que ce système fût réellement avantageux, il ne suffirait pas qu'il pût servir à diminuer la résistance qui s'oppose au mouvement du bateau, il faudrait encore que par son emploi, on parvint à dépasser le maximum de vitesse obtenu jusqu'à ce jour. Or cette limite, dit M. Lefebvre, résultant bien plus de la diminution rapide de la proportion d'effet utile de l'appareil moteur, quand on augmente sa vitesse, que de la difficulté d'accroître la force motrice, il est évident que le système proposé l'emportera sur l'ancien pour obtenir les derniers accroissement de vitesse.

Il paraît ainsi que son succès commercial est probable, surtout dans les cas où il importe d'obtenir avant tout de grandes vitesses, condition souvent la plus importante de toutes.

L'auteur a relégué dans une de ses notes, et nous sommes fâchés qu'il ne lui ait pas donné plus de développement, une proposition que nous regardons comme le complément de son système: c'est la suppression de la cheminée.

Il est bien démontré aujourd'hui que le tirage nécessaire à la combustion, obtenu au moyen d'une cheminée, ou, en d'autres termes, la vitesse imprimée à l'air au moyen d'un combustible, coûte beaucoup plus cher que la même vitesse imprimée par des agents mécaniques. M. Clément et M. Peclet l'ont positivement établi, tellement que, sans la complication de la machine et le danger des coups de feu pour les chaudières, il n'est pas un ingénieur qui n'admit qu'il n'y eût économie de combustible à faire précéder le foyer d'un ventilateur qui chasserait l'air, et qu'une combustion mieux utilisée compenserait au moins l'excès de force qu'il faudrait faire développer à la machine.

Perfectionnement de la navigation à la vapeur.--Fig. 1. Avant d'un bâtiment à roues avec courant d'air, vu de côté. Fig. 2. Avant du bâtiment vu de face.

L'impossibilité de donner beaucoup de hauteur aux cheminées de bateaux est la cause principale du peu d'effet utile du combustible. Or, si l'on fait aspirer à la machine soufflante proposée, au lieu d'air, les produits mêmes de la combustion, n'en résultera-t-il pas qu'une partie du travail qu'elle consommera correspondra à la partie du combustible précédemment employée au tirage?