--Ah! ce n'est que cela. Eh bien! rassure-toi, ma chère fille, je vais l'apprendre une nouvelle qui te fera plaisir. Je sais pourquoi nous ne voyons plus lord Rutland.

--Comment cela, demanda vivement Clarisse; ne vous informiez-vous pas tout à l'heure?...

--Une ruse, ma chère, une ruse. Je voulais savoir si le vent t'en était venu aux oreilles. Rutland se marie...»

Une exclamation bien sèche, suivie d'un long silence, fut toute la réponse de Clarisse. La chanoinesse s'étira sur son fauteuil, renversa sa tête en arrière, et se mit à compter les étoiles de la Grande Ourse. La comtesse, pendant ce temps, fit quelques tours sur le balcon.

«Et toi, Clarisse, demanda enfin madame Aurélie, quand te maries-tu?

--Moi, ma tante, où avez-vous deviné...

--Tiens! c'est apparemment dans les astres. Félicie, ta femme de chambre, l'a bien deviné dans les cartes; pourquoi veux-tu que je sois plus bête que Félicie?»

Clarisse rougit prodigieusement, et la chanoinesse, malgré les ombres qui croissaient, put distinguer sur le front de la comtesse les traces de cette émotion nouvelle.

«Oh mon Dieu! continua-t-elle, je ne vois pas de mal à ce que Félicie te fasse les cartes. Autrefois quand il me prenait fantaisie d'aller au couvent songer pendant quelques jours à mon saint, c'était mon seul passe-temps un peu supportable. J'y étais devenue fort amoureuse d'un valet de trèfle. Le lien est un valet de cœur, je sais cela. Un beau blond, comme dirait Félicie, jeune, roué, mauvais sujet, joueur, audacieux comme un diable, et dissipé comme une fille d'Opéra, les antipodes de Rutland, quoi! Veux-tu que je te dise son nom?

--En vérité, ma tante... je ne sais... je vous assure...