L'Illustration, No. 0047, 20 Janvier 1844.
N° 47. Vol. II.--SAMEDI 20 JANVIER 1844.
Bureaux, rue de Seine, 33.
Ab. pour Paris.--3 mois, 8 fr.--6 mois, 16 fr.--Un an, 30 fr.
Prix de chaque Nº, 75 c.--La collection mensuelle br., 2 fr. 75.
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pour l'Étranger. -- 10 -- 20 -- 40
SOMMAIRE. Hudson Lowe. Portrait d'Hudson Lowe; Longwood.--Courrier de Paris.--Histoire de la Semaine. Portrait d'O'Connell et de ses sept coaccusés; Maison d'O'Connell; Cour du Banc de la Reine, à Dublin.--Inventions nouvelles. Locomotion sur les chemins de fer. Rectification.--Romanciers contemporains, Charles Dickens. Expériences américaines; Martin prend un associé; Vallée d'Éden en perspective. (Suite.)--Monument de Molière. Statue en bronze de Molière, par M. Seurre aîné; la Muse enjouée et la muse grave, deux statues en marbre, par M. Pradier; Médaille commémorative; vue du Monument de Molière pendant l'inauguration.--Les Caprices du Cœur, nouvelle, par Marc Fournier. (Suite et fin.)--Algérie. Description géographique de la province de Constantine. (Suite et fin.) Débarquement de troupes; Vue de Constantine; Portraits de Hussein, bey d'Alger, et de Hadj-Ahmed, bey de Constantine; Campements français et arabes.--Bulletin bibliographique. Notice sur la vie de Bernard Palissy. --Annonces.--Modes. Une Gravure.--Rébus.
Hudson Lowe.
udson Lowe!--Pourquoi donc le nom et le portrait de cet Irlandais se montrent-ils aujourd'hui sur la première page de notre journal? Nous-même, nous l'avouons, nous avons éprouvé d'abord une vive répugnance à céder à un pareil homme la place qu'ont honorée tour à tour, pendant un seul mois, un grand poète, un noble enfant du peuple, un savant agronome.--Casimir Delavigne, Brune et Dombasle, pardonnez-nous! cet outrage apparent est encore un hommage rendu à vos talents et à vos vertus. A coté de vos noms célèbres, l'histoire conservera éternellement dans ses annales le nom désormais immortel de Hudson Lowe. Autant vous êtes dignes d'estime et de reconnaissance, autant il mérite de mépris et de haine. A vous la gloire, à lui la honte! C'est aussi pour la presse un devoir sacré de vouer à l'exécration de tous les siècles futurs les hommes qui, comme Hudson Lowe, se sont rendus fameux par leurs vices ou par leurs crimes.
Hudson Lowe, décédé le 10 janvier 1844.
Hudson Lowe naquit en 1770, nous ne savons en quelle contrée de l'Irlande. Sa famille était honorable; il fit, à ce qu'il paraît, de bonnes études, car il parlait facilement plusieurs langues, et il possédait,--ses plus grand-ennemis en conviennent,--une certaine masse de connaissances positives. Une bonne mémoire, tel était le seul don que la nature avait consenti à lui faire; sous tous les autres rapports, elle s'était montrée atrocement cruelle envers lui: «Taille commune, mince, maigre, sec, rouge de visage et de chevelure, marqueté de taches de rousseur, des yeux obliques, fixant à la dérobée et rarement en face, recouverts de sourcils d'un blond ardent, épais et fort proéminents. Il est hideux, disait Napoléon en terminant ce portrait, c'est une face patibulaire; quelle ignoble et sinistre figure que celle de ce gouverneur, dans ma vie je ne rencontrai rien de pareil.» L'âme était bien digne de son enveloppe terrestre; elle n'avait que de mauvais penchants, dont l'éducation essaya vainement de comprimer le développement hâtif. Les vices nombreux qui s'en emparèrent de bonne heure triomphèrent sans combat, car ils n'y rencontrèrent pas une vertu.