LOCOMOTION SUR LES CHEMINS DE FER.
--RECTIFICATION.--
Dans l'article que nous avons consacré à l'examen du nouveau système de chemins de fer, de M. le marquis de Jouffroy (voyez p. 314), nous avons dit qu'aucune des inventions mises au jour depuis la catastrophe du 8 mai 1842 n'était apparue avec un caractère d'évidence telle que les compagnies aient dû, sous peine de félonie envers le public, s'en emparer et les appliquer à leurs chemins. Quelques lecteurs ont pu donner à nos paroles un sens plus étendu que nous n'avons prétendu le faire, et englober dans cette espèce d'arrêt de répudiation toutes les inventions, même celles, qui sont antérieures à la date du 8 mai. Telle n'a pas été notre pensée, et notre devoir d'homme loyal et cherchant la vérité nous impose l'obligation d'aller au-devant de cette interprétation et des conclusions que l'on serait tenté de tirer de ce que nous avons dit.
L'exception que nous avons faite en faveur du système atmosphérique, qui, connue on le sait, est à l'état d'expérience en Irlande et le sera peut-être bientôt en France, doit s'étendre à un autre système imaginé dès 1837 par M. Arnoux, et qui a déjà réuni les suffrages de tout ce que la France compte d'hommes compétents dans cette matière.
Pour beaucoup de nos lecteurs, nommer M. Arnoux, c'est leur rappeler suffisamment et l'invention et son mérite. Pour ceux qui ne la connaissent pas, nous en dirons quelques mots.
M. Arnoux frappé des inconvénients que présentent dans l'exploitation des chemins de fer le parallélisme inflexible des essieux et la solidarité du moyeu de la roue avec l'essieu, inconvénients qu'on a cherché à diminuer en augmentant le rayon des courbes, a imaginé un système dans lequel les essieux sont toujours normaux à la courbe qu'ils parcourent, la première direction leur étant donnée par quatre galets conducteurs placés en contrebas du premier essieu. Il a de plus permis aux roues de tourner sur les essieux, ces derniers ne pouvant prendre qu'un mouvement horizontal autour d'une cheville verticale qui les traverse par le milieu.
Notre intention n'étant pas de donner aujourd'hui, du système dont il s'agit, une description qui sera mieux placée à propos de la prochaine présentation d'un projet de loi aux Chambres, nous n'ajouterons rien sur l'invention elle-même. Nous diront seulement que l'auteur ayant soumis, en janvier 1838, un modèle de son système à l'Académie des Sciences, la commission chargée de l'examiner lui accorda son approbation et émit le vœu qu'il pût être soumis à un essai en grand. Ce vœu a été accompli par la construction à Saint-Mandé d'un chemin de fer ordinaire de 1,200 mètres de développement, présentant une succession de courbes de petit rayon, sur lesquelles l'inventeur fit, avec un train composé de six voiture chargées et remorqué par une locomotive, de nombreuses expériences qui eurent pour témoins l'Académie des Sciences, le ministre et le sous-secrétaire d'État des travaux publics, un grand nombre de pairs et de députés, plusieurs officiers des armes spéciales, et presque tous les ingénieurs des Ponts-et-Chaussées et des Mines en résidence à Paris. Le résultat du nouvel examen auquel se livrèrent les divers corps savants que nous venons de nommer fut consigné dans différents rapports adressés, soit à l'Académie, soit au ministre des travaux publics, et, nous devons le dire, entièrement favorables à l'inventeur.
Depuis lors, M. Arnoux a demandé, pour l'application de son système, la concession d'un chemin de fer de Paris à Saint-Maur. Cette demande, soumise à toutes les formalités d'enquête et d'examen dont l'administration a dû s'entourer dans cette grave circonstance, où il s'agissait de donner enfin l'essor à une invention nouvelle, n'attend plus que la sanction législative. Elle est accordée en principe, et probablement le chemin de fer serait déjà en cours d'exécution. Si sa position aux portes de Paris ne le faisait pas rentrer dans la classe de ceux qu'on ne peut concéder par ordonnance royale.
Les explications que nous venons de donner sur un système que nous regrettons d'avoir passé sous silence dans notre dernier article, prouveront à nos lecteurs que nous avons été loin de le comprendre parmi ceux qui doivent rester toujours à l'état d'utopie ou de modèle en petit, ce qui, dans beaucoup de cas, est absolument la même chose.