--Oui, monsieur, fort content.
--Est-ce que les occasions d'éprouver ou d'aiguiser votre jovialité, comme vous dites, vous manquaient là-bas?
--Bien au contraire, monsieur; jamais je ne passais plus gaillarde semaine que ces huit jours chez les Pawkins.
--Et, reprit Martin, en hésitant comme s'il eût déjà plusieurs fois éludé la question, et... que vous semble de nos espérances actuelles?
--Florissantes, monsieur. Peut-on trouver un nom de meilleur augure que celui de Vallée d'Éden? D'ailleurs, on m'a affirmé, poursuivit Mark après une pause, qu'en fait de lots, aux de serpents, au grand complet, ne nous feraient pas faute dans ce nouveau paradis.»
Loin de s'appesantir sur ce que cette information pouvait avoir de fâcheux, Mark prit un air aussi rayonnant que s'il n'eût eu autre désir et passion en sa vie que de se faufiler dans l'intimité des reptiles.
«Qui vous a dit cela? demanda sévèrement Martin.
--Un officier militaire, répondit Mark.
--Archi-fou que vous êtes! répliqua son maître riant en dépit de lui-même, que voulez-vous dire avec votre officier militaire? Vous savez aussi bien que moi qu'ici les officiers pullulent comme...
--Certes, il y en a plus que d'épouvantails dans nos chènevières, interrompit Mark. Même sorte de milice encore, toute de veste et d'habit, avec un bâton au milieu... Ah! ah! allez, n'y prenez pas garde, monsieur; c'est mon humeur; je ne saurais m'empêcher d'être gai.--Eh bien! c'était donc un de ces conquérants à poitrine rembourrée, de chez Pawkins, lequel me dit: «Suis-je bien informé? (soufflant ses mots, non pas complètement à travers ses narines, mais comme s'il eût fait jouer une soupape tout au haut de son nez.). Est-il exact, me dit-il, que vous deviez partir pour la vallée d'Éden?--J'en ai ouï quelque chose, ai-je répondu.