--Vite, vite, milord, reprit la chanoinesse; racontez-nous votre histoire. Tu vas voir, Clarisse: un conte à mourir de rire. Milord ne m'en a dit que le plus gros; et, d'ailleurs, j'en savais déjà quelque chose. Sais-tu que c'est un amusant drôle que ton Castillon. Écoute bien!
--Avant de rien vous dire, madame la comtesse, j'ai à vous demander pardon du singulier moment que je choisis pour vous faire ma visite...
--Après quinze jours de rigueur, interrompit Clarisse avec un soupir involontaire.
--Dites quinze jours d'exil et de souffrances, dit Rutland à voix basse.
--Bien, bien, reprit la chanoinesse, qui devina plus qu'elle n'entendit ces paroles; nous penserons plus tard à faire la paix. Je sais ce que durent des négociations de ce genre. On n'a jamais tout dit, et l'on recommence toujours. Ainsi, vite, au plus pressé!
--Eh bien donc, ma chère Clarisse, continua le pair des Trois-Royaumes-Unis, j'ai su ce soir que vous deviez être l'objet d'une tentative audacieuse de la part d'un chevalier d'industrie, dont les fredaines ne me sont malheureusement connues que depuis deux jours, et j'ai pris la liberté de venir veiller sur vous.
--Castillon... un chevalier d'industrie... répéta la comtesse à voix basse; vous êtes bien sûr de ce que vous dites là, milord?
--Parfaitement sûr.»
Clarisse tressaillit, et son esprit se gonfla de honte. Elle conçut pour elle-même un sentiment de mépris.
«Et comment avez-vous su que cet homme méritait un pareil titre? demanda-t-elle sans oser lever les yeux.