--J'ai fermé la bouche de l'insolent avec le revers de ma main.
--Un soufflet!
--Oh! ne l'effraie pas, dit la chanoinesse; c'est ici que le plus amusant commence. Il y eut néanmoins un rendez-vous de pris, n'est-il pas vrai, milord?
--En effet, continua Rutland, pour hier matin. Mais écoutez-moi, Clarisse, et ne jugez pas mal ce que je vais vous dire... Je vous aime bien plus que mon honneur; et cependant j'allais tuer un homme qui peut-être... Si elle l'aime, me disais-je, si Robert doit la rendre heureuse... Oh! je crois que je serais mort du même coup qui vous eût ravi le bonheur.
--Ah!... encore un sacrifice? interrompit Clarisse avec un accent de dépit dont elle ne fut pas la maîtresse.
--C'eût été le dernier... Oui, Clarisse, oui, je tremblais; j'avais peur, une fois sur le terrain, de n'être plus maître de moi. Qui sait! en présence de cet homme, le cliquetis des épées eût peut-être couvert le cri de mon âme. La vue de ce rival, la pensée funeste que vous l'aimiez... Non, non, Clarisse, je n'aurais pas en la force de retenir mon bras. J'aurais tué Robert; oui, sur mon âme, je sens que je l'aurais tué!»
Clarisse se leva de son siège aussi rapide que l'éclair, et courut à Rutland, dont elle prit les mains avec violence.
«Vous l'auriez tué?» s'écria-t-elle d'une voix haletante.
Rutland regarda la comtesse, et se méprenant sur l'objet de son trouble, croyant que le danger qu'avait couru Robert en était la cause unique, devint tout à coup d'une pâleur horrible et repoussa Clarisse.
--Oui, madame, répéta-t-il l'œil sombre et les dents serrées, oui, je l'aurais broyé sous le pommeau de mon épée, plutôt que de lui laisser un souffle de vie!