Je m'empressai d'offrir ma voiture aux deux dames, la leur étant fort endommagée. La tante d'Henriette s'était froissé le bras gauche dans sa chute; les douleurs augmentèrent au point que nous fûmes obliges de nous arrêter dans une petite ville voisine.
Une seule auberge s'y trouvait; j'eus donc un logement dans la même maison qu'Henriette. Aurais-je pu la quitter au moment où une fièvre violente se déclarait chez sa compagne?
Nous prodiguions ensemble nos soins à la malade, et entre nos cœurs se formait un lien de plus en plus intime.
Henriette avait sur-le-champ envoyé à son père un messager pour lui mander l'accident; mais quelque diligence que fit Werner, lorsqu'il arriva, sa sœur était déjà presque rétablie, et il ne manquait que son consentement pour mon mariage avec sa fille.
Le bon Werner me serra dans ses bras en versant des larmes de joie, et m'avoua que depuis bien des années cette union avait été son vœu le plus cher.
«Le ciel a exaucé mes souhaits, s'écria-t-il, et la méchanceté de vos ennemis, sera la source de votre félicité.»
Nous prîmes tous ensemble la route de ma campagne, où peu de jours après notre bon curé, mon ancien instituteur, joignit nos mains comme l'étaient déjà nos âmes. Cet événement fit d'abord la matière de toutes les conversations à B***; on prétendait, non sans quelque vraisemblance, en tirer la preuve que nous n'avions point été injustement accusés. Cependant le chambellan, qui aurait voulu se procurer l'entrée de notre maison, déclara lui-même s'être permis envers nous ce qu'il appelait une innocente malice; nous consentîmes à lui pardonner, puisque après tout il était la cause première de notre bonheur, mais nous ne voulûmes point le recevoir, car on se préserve plus aisément d'un ennemi déclaré que d'un médisant.
Braun alla conter ses doléances à Clémentine; elle lui confia son dépit, et pour se venger, ils ne surent mieux faire que de nous imiter.
N.