La Chambre des Pairs a nommé sa commission pour l'examen du projet sur la liberté de l'enseignement, et ses choix, comme la discussion qui les a précédés, ont prouvé qu'elle entendait apporter l'attention la plus sérieuse à ce complément de la Charte de 1830, vainement tenté en 1836 et en 1841, et ne pas vouloir, pour sa part, se laisser attribuer un retard nouveau, si cette loi en avait encore un à subir contre toute attente.
Une autre question dont on attend également la solution avec impatience, c'est celle des chemins de fer, et du parti que le gouvernement adoptera définitivement pour mener à fin le réseau tracé en 1842. La loi votée à cette époque, au milieu de tous les vices qu'on lui peut reprocher, a eu un mérite et a rendu un service également incontestables; elle a rétabli la confiance en des entreprises qui promettent à l'industrie et au pays tout entier d'immenses avantages, confiance qu'avaient profondément ébranlée les tristes résultats de spéculations mal conçues. Mais cela fait, et aujourd'hui que l'État a dépassé de beaucoup et sur toutes les lignes la part de coopération et de dépenses qu'il avait acceptée par la loi de 1842, aujourd'hui qu'il a acquis et fait poser des rails nombreux sur la ligne du Nord, sur celles d'Orléans à Tours et de Chalon à Dijon, doit-il appeler des compagnies à recueillir le fruit des peines qu'il s'est données et des avances qu'il a faites et qui ne lui incombaient point, en leur abandonnant, par des baux de longue durée, des entreprises dans lesquelles elles ne se seront engagées que quand il n'y aura plus eu que des bénéfices de bourse à recevoir? Voilà ce que s'est demande le nouveau ministre des travaux publics avec une sollicitude qui est une preuve de son patriotisme et de son bon esprit. Soit que l'État demeure chargé de l'exploitation des chemins de fer, soit que, menant à fin les travaux de pose de rails et d'ensablement de la voie il afferme cette exploitation par des baux de courte durée qui trouveront une grande concurrence de preneurs, il y a là pour la chose publique des avantages auxquels il serait d'une mauvaise administration de renoncer, et pour les services de l'État comme celui de la poste aux lettres par exemple, des facilités que lui refusent obstinément les compagnies pour lesquelles les sacrifices les plus grands, nous ne voulons pas dire les plus inexplicables, ont été faits. Nous faisons donc des vœux pour que l'opinion de M. Dumont prévale, pour que ses efforts l'emportent dans le conseil.
Il serait bien impossible de donner en ce moment l'état au vrai de l'Espagne. Ou a dit à la tribune de notre Chambre des Députés que la fièvre que ce pays ressentait depuis plusieurs années était une fièvre de croissance. S'il en est ainsi, de tant et de si violents accès il ne pourra sortir qu'un géant.
A Alicante, à Murcie, à Carthagène, l'insurrection a pris le dessus; mais des dépêches nous ont appris qu'elle avait été maltraitée dans une sortie de la première de ces villes, et comprimée dans quelques localités voisines de cette même place. Pendant ce temps-là le ministère déclare l'Espagne entière en état de siège et expédie des ordres que la dépêche suivante du ministre de la guerre au capitaine général Roncali met à même de bien apprécier:
«Excellence, S. M. a appris avec la plus grande satisfaction la conduite loyale qu'ont tenue, pendant la nuit du 29 au 30 du mois passé, le commandant d'Alcoy et les gardes nationaux. Conformément à la communication adressée, à V. E., d'ordre de S. M., le 1er du courant, S. M. veut que les révoltés qui ont été pris à la suite de la tentative avortée à Alcoy soient fusillés après que leur identité aura été reconnue, V. E. me rendra compte d'avoir exécuté cet ordre sans aucune espèce de considération ni de ménagement, afin que j'en instruise S. M. V. E. ne devra pas être arrêtée par des craintes de représailles de la part des révoltés d'Alicante; car bien que S. M. vit avec douleur que quelques personnes fussent victimes de la fureur des partis, elle reconnaît que la défense des lois et de la vindicte publique doit être une vérité, persuadée qu'un peu de sang, versé avant que les passions s'enveniment empêcherait qu'il n'en soit versé davantage par la suite; et ceux qui, par malheur ou par incurie, seraient victimes, doivent s'y résigner, en pensant que leur sacrifice est un grand service rendu à la patrie.
«Madrid, le 3 février 1844. MAZAREDO.»
Les ministres capables d'écrire de pareils ordres ne pourraient-ils du moins n'en pas laisser peser la responsabilité sur cette enfant qu'on a prématurément assise sur le trône, qui à coup sûr est bien étrangère aux volontés cruelles qu'on lui prête ici, et dont le nom devrait être réservé pour les actes de clémence, si jamais il peut venir dans la pensée de pareils conseillers de la couronne d'en présenter à la signature royale? Du reste, il n'en faut pas douter pour l'avenir de l'Espagne, personne ne croira aux formules de M. Mazaredo, et il ne se trouvera pas, dans toute la Péninsule, un Espagnol assez injuste pour faire retomber sur Isabelle l'odieux de pareilles mesures et d'un semblable langage.
Cette situation des affaires et des esprits en Espagne ne détourne pas l'ex-reine-régente, Marie-Christine, de se rendre auprès de sa fille. Il est impossible que les impressions que cette princesse a dû recueillir à Paris sur l'attitude prise par le gouvernement de Madrid, ne la portent pas à faire entendre des conseils d'une modération moins cruellement dérisoire que celle dont se targue le ministère Bravo.
La défense présentée par O'Connell était aussi modérée que l'attaque avait été vive. L'homme de parti sentait bien qu'il n'avait pas besoin de se montrer agitateur dans cette occasion et que ce qu'il importait à la cause du rappel, c'est que toutes les manifestations auxquelles on s'était livré, et qui étaient incriminées, ne fussent pas condamnées pour le passé, et rendues ainsi impossibles pour l'avenir. Il s'est donc renfermé complètement dans la question de légalité et a été, par calcul, aussi froid qu'un professeur de procédure. Après l'accomplissement d'autres formalités, le jury est entré dans la salle de ses délibérations et en a rapporté un verdict prononçant la culpabilité sur certains chefs, se taisant sur certains autres, résolvant les questions relatives à quelques accusés et gardant le silence sur d'autres coinculpés. Le chef de la cour a dû inviter le jury à se retirer de nouveau et à revoir et compléter ses réponses. Mais ceci se passait le samedi soir 10, et l'heure fatale de minuit avant sonné sans que les jurés eussent accompli leur tâche, ils ont été condamnés, attendu la solennité du dimanche, jour où une audience ne saurait être tenue dans les trois royaumes, à demeurer enfermés jusqu'au lundi matin. On a eu le soin de prendre toutes les mesures nécessaires pour qu'ils n'eussent point trop à souffrir de se voir ainsi cloîtrés et pour qu'ils pussent, mais toujours sans sortir, satisfaire à leurs devoirs religieux.--Le lundi 12, à neuf heures du matin, l'audience a été ouverte, et le jury est venu lire un verdict de culpabilité sur tous les chefs contre tous les prévenus, à l'exception de M. Tierney, qui n'a été déclaré coupable que sur deux chefs seulement. L'avocat de la couronne a demandé l'ajournement de la Cour, et, le premier jour de sa réunion prochaine, le gouvernement pourra requérir l'application de la peine qui résultera de cette déclaration du jury. Après en avoir entendu la lecture, O'Connell est moulé en voiture et s'est rendu dans la salle des séances de l'Association nationale, qu'il devait présider ce jour-là. Dès le matin, il avait adressé une proclamation au peuple d'Irlande pour qu'il demeurât calme, en lui donnant l'assurance que ce verdict serait de la plus haute utilité à la cause du rappel. Le Morning-Advertiser dit qu'il n'est pas probable que le jugement soit rendu avant le 15 avril. O'Connell va se rendre à Londres pour siéger à la Chambre des Communes et prendre part au vote sur la motion de lord John Russell.
L'Angleterre est toujours vivement préoccupée du mouvement de la grande ligue pour la réforme complète des lois sur les céréales. Aux associations organisées dans ce but, on s'efforce d'opposer des associations pour le maintien de la législation existante. D'un côté se rangent les districts manufacturiers, les radicaux, les chartistes; de l'autre, les torys et les principaux habitants des pays où l'agriculture domine.