Marie-Christine, ex-reine d'Espagne.
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La loi sur le roulage n'a pas été beaucoup plus heureuse à la Chambre des Pairs que la loi sur la chasse à la Chambre des Députés. Ce que l'on avait fait il y a deux ans au palais du Luxembourg, il y a un an au palais Bourbon, on l'a défait cette année en grande partie. Dans les précédentes discussions, on avait paru très-frappé du résultat des expériences faites par M. Morin, par ordre du gouvernement, et de la nécessité d'imposer, dans l'intérêt des routes et de leur conservation, des conditions sévères et d'établir des distinctions tranchées pour la largeur des jantes des voitures, selon qu'elles étaient à deux ou quatre roues. Cette année on a paru croire beaucoup moins aux résultats des expériences de M. Morin, sur lesquels était fondé le projet de loi, et beaucoup plus à l'utilité de la liberté en matière de roulage, sinon complète encore et illimitée, du moins beaucoup moins restreinte que par le passé et que ne l'établissait le projet. Ainsi, sur la proposition de M. le comte Daru, cette distinction a disparu pour le minimum des jantes des voitures à quatre et des voitures à deux roues; il sera pour les unes comme pour les autres indistinctement de 6 centimètres, et le maximum de 17. Du reste, et par contre, si l'industrie a été bien traitée par ce changement, l'agriculture a vu restreindre les facilités que la Chambre des Députés avait voulu lui accorder l'an passé, en adoptant un amendement de M. Darblay par lequel les voitures de l'agriculture étaient affranchies dans tous les cas, c'est-à-dire qu'elles allassent au marché ou qu'elles en revinssent, qu'elles transportassent des matériaux pour les constructions de la ferme, qu'elles allassent de la ferme aux champs ou des champs à la ferme, des règles relatives à la largeur des bandes et à la limitation du poids. La Chambre des Pairs a cru devoir restreindre cette exemption au cas seulement où les véhicules agricoles vont de la ferme aux champs ou en reviennent. Cet amendement oblige, on le voit, les fermiers et les agriculteurs à avoir des voitures de plusieurs sortes. Cette loi doit revenir de nouveau à la Chambre des Députés.

Nous déplorions dans notre dernier bulletin la vivacité que la discussion avait prise dans un des bureaux de cette Chambre, à l'occasion de l'admission à la lecture de la proposition de M. de Rémusat. Mais ce que nous avons vu ici n'est qu'une gentillesse en comparaison de ce qui se passait presque en même temps à la Chambre des Représentants des États-Unis et à la Chambre des Lords d'Angleterre. A tout seigneur tout honneur: nous commençons par la Chambre anglaise. Dans la dernière discussion, à l'occasion des affaires d'Irlande, lord Campbell a dit en répondant à lord Brougham:

«Le discours de mon noble et savant ami est parfaitement irrégulier: cela ne m'étonne pas, car tout ce qu'il fait dans cette Chambre est irrégulier. J'ai demandé hier l'ajournement, parce que je croyais qu'il parlerait, et que je voulais lui répondre. J'étais bien pardonnable de croire cela, car voilà bien, autant que je m'en souviens, le premier débat de quelque importance dans lequel il n'ait parlé, et parlé au moins sept fois... Toutes les fois qu'il prêchera les principes qu'il condamnait autrefois, je ne me gênerai pas pour le lui rappeler, et pour lui remettre devant les yeux ceux qu'il défendait avec moi et qu'il abandonne aujourd'hui.» Lord Brougham lui a répondu avec le ton de la plus violente colère: «Mylords, on dit que j'ai commis une irrégularité. Jamais je n'ai vu dire une aussi grosse absurdité, même par mon noble et savant ami. Je ne me laisserai pas faire la leçon par d'ignorants nouveaux venus, qui ne connaissent pas l'A B C du règlement, et qui montrent une ignorance si crasse que je n'aurais jamais cru personne capable d'en montrer une semblable sur quoi que ce soit. Je serai heureux qu'on me donne l'occasion de repousser en face cette fausse, vile et calomnieuse accusation que l'on me fait, d'avoir abandonné mes principes. Je défie qu'on me le prouve, et je jette ce défi avec l'assurance que je saurai le justifier.»

En Amérique on est infiniment moins parlementaire encore. M. Stewart, membre de la Chambre des Représentants des États-Unis, avait été, il y a quelque temps, en butte à une attaque très-vive d'un de ses collègues, M. Waller. Un neveu de M. Stewart, M. Schriver, correspondant du Baltimore-Patriot, et ayant, à ce titre, une place réservée dans l'enceinte de la Chambre, avait rendu compte de cette sortie en termes qui avaient blessé M. Waller. Celui-ci, rencontrant M. Schriver à la Chambre, l'apostropha, et, après l'échange de quelques mots, le frappa. Aussitôt ils se prirent au corps. Dans la lutte, les deux combattants tombèrent dans une croisée et la défoncèrent. Plusieurs membres de la chambre accoururent et essayèrent de les séparer, tandis que d'autres criaient: «Laissez-les se battre comme il faut.» Un membre démocrate dit même, en s'adressant au banc des whigs: «S'il y a quelqu'un qui veuille prendre part au combat, je pourrai bien m'en mêler un peu.» Enfin, après que quelques horions eurent encore été échangés, un membre se hasarda à séparer définitivement les deux champions. Plainte fut portée par M. Schriver, et caution fournie par M. Waller.

D'importantes nouvelles sont arrivées de Taïti, et quoique depuis plusieurs jours le gouvernement ait gardé un silence diversement, mais en général peu favorablement interprété, il est impossible de ne pas accorder toute confiance aux détails très-concordants qu'ont donnés plusieurs correspondances particulières sur les événements dont la nouvelle Cythère a été le théâtre. La reine Pomaré, cédant aux suggestions de M. Pritchard, missionnaire, négociant et consul anglais, se refusait obstinément à exécuter le traité du 9 septembre, après l'avoir ratifié, et affectait le plus grand mépris pour le gouvernement provisoire institué par l'amiral Dupetit-Thouars, en vertu du protectorat de la France, accepté puis méconnu par la reine. Notre pavillon avait été amené et remplacé par un chiffon bizarre qu'elle avait déclaré être le pavillon taïtien. Cette résistance avait été, nous ne dirons pas provoquée, mais très-ostensiblement appuyée par le commandant de la frégate anglaise la Vindictive, lequel menaça même de recourir à la force pour faire prévaloir les nouvelles façons d'agir de la reine. Nous n'avions en ce moment que deux corvettes dans ces parages; mais leurs officiers et leurs équipages n'hésitèrent pas un seul instant, malgré l'inégalité des forces, à prendre l'attitude qui convenait à la marine française, en réponse à cet insolent langage. Les menaces demeurèrent alors sans effet, et l'amiral anglais Thomas, pour éviter un conflit que rendait imminent la présence du commodore Nicholas, qui montait la Vindictive, la remplaça par la frégate le Dublin, qui se borna à demeurer spectatrice de nos démêlés avec la reine Pomaré. Instruit de cette situation et des faits qui l'avaient précédée, l'amiral Dupetit-Thouars se présenta, le 4 novembre dernier, devant Papeiti avec les trois frégates la Reine-Blanche, l'Uranie, la Danaé, dans la pensée que ce déploiement de forces épargnerait une lutte déplorable pour l'humanité et enlèverait même à la reine, on plutôt à ses imprudents conseillers, toute idée de résistance. Le calcul de l'amiral n'était pas complètement exact. Il accorda un premier délai qu'on laissa s'écouler sans rentrer dans l'ordre. Alors il en fixa un définitif, expirant le 6 à midi, et au terme duquel le traité devait avoir été exécuté sous peine de déchéance de la reine. Le capitaine de la frégate anglaise, oubliant un moment les recommandations de modération et de neutralité que son amiral lui avait faites, se laissa aller à déclarer à l'amiral Dupetit-Thouars, sur le pont même de la Reine-Blanche, qu'il allait faire venir à son bord la reine Pomaré, hisser le pavillon taïtien et le saluer de vingt et un coups de canon. Justement blessé de cette intervention injustifiable et hautaine, M. Dupetit-Thouars répondit au commodore: «A votre aise, monsieur; menez, tant qu'il vous plaira cette femme à votre bord, mais gardez-vous de hisser le pavillon taïtien; et, si vous le saluez de vingt et un coups de canon, vous assumerez sur vous toutes les conséquences qui pourront en résulter. Maintenant que vous êtes prévenu, agissez comme il vous plaira.» On comprend que la matinée du 6 ait tenu l'escadre française dans une attente pleine d'émotions. Mais l'heure dite arriva sans que la reine eût arboré le pavillon tricolore; l'ordre du débarquement fut aussitôt exécuté que donné, et Pomaré a cessé de régner. Un gouvernement a été installé par l'amiral, dont la conduite a été digne de son nom et des couleurs sous lesquelles il sert.

La situation de l'Espagne, c'est-à-dire la lutte entre un gouvernement qui s'est mis en dehors de toutes les règles constitutionnelles et une insurrection qui n'offre pas beaucoup plus de garanties aux hommes qui appellent de leurs vœux un gouvernement régulier, cette situation se prolonge, et l'on se demande si le retour de la reine Christine en Espagne (voir la page, précédente) y mettra fin. Bien des yeux, de l'autre côté des Pyrénées, sont tournés vers cette princesse. Désavouera-t-elle franchement les actes dictatoriaux du général Narvaez? les désapprouvera-t-elle seulement pour la forme, ou enfin le suivra-t-elle ouvertement dans cette voie? Voilà les questions que les Espagnols s'adressent, et que beaucoup, dans leurs préventions ou dans leur confiance, résolvent dans le sens qui justifie ou les unes ou l'autre.

Mais la fièvre de l'insurrection et celle des mesures extraordinaires de gouvernement ont passé la frontière d'Espagne, et travaillent à leur tour et de nouveau le royaume de dona Maria. Une conspiration militaire a éclaté en Portugal. Un général considéré, ancien ministre de la guerre, le comte de Boulin, est à la tête de ce mouvement, qui fait valoir comme griefs les violations qu'on a fait subir au principe de la souveraineté nationale, en faisant revivre, sans la faire réviser par une Chambre constitutionnelle, la Charte que don Pedro avait octroyée. Là, connue en Espagne, les Chambres ont été fermes, la liberté de la presse, la liberté individuelle suspendues, et le royaume entier mis en état de siège. C'est bien mal commencer; attendons la fin.

Les feuilles françaises et étrangères ont vu cette semaine leurs colonnes attristées par le récit de nombreux et déplorables malheurs. Le Standard du 17 annonce qu'un terrible accident est arrivé la veille dans la houillère de Landshipping. Des mineurs, au nombre de cinquante-huit, travaillaient dans l'une des galeries qui passent sous la rivière, lorsque tout à coup l'eau fit irruption dans la mine avec une telle violence que dix-huit de ces ouvriers seulement eurent le temps de se sauver. Les quarante autres ont été noyés.--A Granville, dans la nuit du 14 au 15, par un temps fort calme, un canot monté par dix hommes ayant chaviré à une brasse ou deux tout au plus du bord du quai, sept de ces matelots allèrent au fond, où ils restèrent engagés dans des vases molles qui se sont accumulées dans cet endroit.--

Quel douloureux spectacle s'offrit le matin aux regards lorsque la mer se fut retirée. Les cadavres de ces sept malheureux gisaient pêle-mêle, dans un espace de quelques mètres, les uns retenus par les pieds, d'autres engagés jusqu'aux épaules dans la boue noire et fétide du port. Pour ceux-ci, l'asphyxie a dû être instantanée, et la position de l'un d'eux, qui avait les mains dans les poches ne son paletot, le prouvait assez. Six de ces hommes sont pères de famille et le laissent, assure-t-on, sans aucune ressource plus de vingt orphelins.--Un des plus anciens et des plus justement célèbres de nos généraux, le lieutenant-général Pajol, a fait, dans le grand escalier du château des Tuileries, une chute affreuse, qui a causé la fracture de la cuisse au col du fémur, et donne de vives inquiétudes.--Le savant M. Gay-Lussac, qui a la simplicité de faire encore son cours, et qui ne croit pas que le rôle d'un professeur doive consister uniquement à se choisir un suppléant, a pensé être victime de l'explosion d'un flacon dont le contenu s'est enflammé par le contact subit de l'air, au moment où il préparait une expérience de laboratoire du Jardin-des-Plantes. L'illustre professeur et son jeune préparateur ont été blessés, le premier grièvement, le second plus légèrement. L'état de M. Gay-Lussac est aujourd'hui complètement rassurant.--On a annoncé, cette semaine, la mort d'un homme excellent, d'un homme dont la vie a été vouée aux œuvres utiles, de M. Cassin, agent général des sociétés savantes et de bienfaisance.--Un des plus éminents publicistes de la Suisse, le docteur Charles Schnell, rédacteur du Volksfreund, depuis longtemps en proie à une profonde mélancolie, par suite d'un état obstiné de souffrances physiques, a mis fin à ses jours. C'était un des plus formidables antagonistes de l'aristocratie suisse et de l'aristocratie bernoise en particulier.--Le 15 février est mort à White-Lodge (Richmond-Barker), dans sa quatre-vingt-septième année, Henry Addington, vicomte de Sydmouth. Il avait été président de la Chambre des Communes de 1789 à 1801, premier lord de la trésorerie et chancelier de l'Échiquier de 1801 à 1804, lord président du conseil en 1805, lord du sceau privé en 1806, secrétaire d'État de l'intérieur de 1812 à 1822.--Les nouvelles de Stockholm peignent l'état du roi de Suède comme s'aggravant de jour en jour, et nous devons craindre que la notice biographique que nous lui avons consacrée ne devienne bientôt une notice nécrologique.