«Fernando! Fernando! cria tout à coup l'alferez, à moi, viens vite.»
Le garde-marine obéit; le jeune capitaine lui dit alors à voix basse:
«Il s'agit de leur enlever d'un coup de canon tous les avirons de bâbord; ne blesse personne, j'ai mes raisons pour cela, et je réponds du reste.
--Bien! J'aurais autant aimé les couler une bonne fois, mais enfin tu le veux ainsi; tu vas voir!»
A ces mots, le flegmatique lieutenant reprit son poste et repointa son canon de 24.
«Y sommes-nous? demanda Graviel.
--Parfaitement!» répliqua le pointeur.
La canonnière se présentait alors obliquement, son boute-hors de foc touchait le brick, et ses premières rames étaient sur le point de s'engager dans celles du Caprichoso.
«Feu!» commanda l'enseigne.
Une éclatante détonation couvrit tous les autres bruits de la rade. Fernando avait fait merveille; sa décharge à bout portant avait raflé tous les avirons de bâbord de la canonnière, qui pivota sur elle-même comme un oiseau dont une aile est coupée dans son vol. Don Graviel profita de ce mouvement, un étroit espace se trouvait libre. Avant que Bertuzzi eût repris la route convenable et remplacé ses avirons brisés, le Caprichoso avait gagné en bonne direction trois bonnes longueurs de navire; mais de nouveaux dangers l'entouraient: la première explosion fut suivie de vingt autres, les forts répondaient à la pièce à pivot.