«Bravissimo! sénorita, dit don Graviel, j'aime à vous voir prendre cette pose martiale. Caramba! elle vous sied à ravir! Mais d'abord permettez à votre esclave soumis de demander grâce pour sa témérité. Vous conviendrez seulement que j'ai ponctuellement tenu parole.

--Si vous faites un pas de plus, seigneur cavalier...

--Dites seigneur capitaine, je vous en supplie, interrompit l'alferez, qui avançait toujours: comme je l'avais juré, je suis capitaine-corsaire aujourd'hui, jour de Noël.»

A ces mots don Graviel ouvrit les rideaux damassés de la claire-voie; un rayon de lumière pénétra dans la cabine.

«Vous voyez, ma reine chérie, que votre appartement n'est pas mal; rien ne vous manquera, et vous avez tout mon amour par-dessus le marché.

--Silence, méchant pirate! répliqua la tremblante jeune fille; de ma vie je ne vous pardonnerai votre indigne conduite.

--Foi de corsaire! vous êtes aussi adorable qu'adorée! Votre colère est éblouissante, et, pour un empire, je ne voudrais pas en avoir été privé. Je vous connaissais dans vos bouderies, Juanita, mais la navaja au poing, c'est tout nouveau pour moi; c'est piquant! Si jamais vous aviez eu quelque rivale dans mon coeur, elle serait oubliée à jamais. Vos yeux en courroux brillent d'un feu divin, ils me percent de part en part, je vous jure. Souffrez que j'examine de plus près ce délicieux cuchillitito

En parlant ainsi, don Graviel s'était mis à genoux aux pieds de la jeune fille, non sans avoir adroitement saisi la main dans laquelle étincelait le gracieux poignard, si bien que dona Juana n'en pouvait faire usage; alors, de ce ton semi-railleur qu'il avait accoutumé de prendre pour faire des déclarations à la jeune fille.

«Dans l'espoir de vous plaire, dit-il, afin de satisfaire un de vos caprices, chère âme, je m'expose à être pendu; mais s'il peut vous être agréable de me couper la gorge, faites, ne vous gênez pas, il me serait doux de trépasser par les soins de celle...

--Lâchez-moi donc, alors! interrompit Juanita exaspérée.