«P.-S. Il n'est peut-être pas hors de propos d'informer votre excellence des principaux faits et gestes du Caprichoso durant sa dernière croisière. Indépendamment des douze marchands qu'il ramène, il a coulé ou brûlé trois bricks de guerre anglais, et causé la perte totale d'une frégate qui le chassait le long de la Mona; il a coopéré antérieurement à la victoire de la Santa-Fé, il a pénétré dans la baie de Kingston (Jamaïque) et mis le feu à bord de tous les bâtiments qui s'y trouvaient; ensuite de quoi il a relâché à San-Juan de Porto-Rico, dont le gouverneur l'a fort bien accueilli, et a fait connaître les résultats de la campagne à sa majesté catholique le roi de toutes les Espagnes.»

«Que le Vomito-Negro étouffe mon diable de gendre! s'écria enfin don Antonio Barzon, marquis de Las Ermaduras y Famarotes; mais il faut parbleu bien que j'encoffre mon million et demi de piastres et que je lui laisse ma fille!»

Or, comme personne ne fut pendu, et que la présence de dona Juana sur le brick avait singulièrement contribué, d'abord à en rendre le séjour agréable, et puis à faciliter la rentrée en grâce de chacun avec son excellence le gouverneur, il s'ensuivit que maître Brimbollio fit une exception en faveur de la femme de son capitaine, et dit qu'entre toutes les créatures de son sexe, celle-là était bonne à quelque chose.

Quant à Fernando, touché du bonheur de son ami, il en vint une fois jusqu'à songer à se marier, projet qu'il ne réalisa jamais, considérant que les émotions et tracas du ménage ne peuvent s'allier avec la tranquillité d'esprit qu'exige la passion de la pêche à la ligne, et attendu que nul ne peut servir deux maîtres.

G. de LA LANDELLE.

Théâtres.

Carlo et Carlin, vaudeville de MM. Mélesville et Dumanoir (Palais-Royal).--Pierre le Millionnaire, vaudeville en trois actes, de madame Ancelot (Vaudeville).

En vérité, nous aurions droit de chercher querelle aux théâtres de la bonne ville de Paris: depuis longtemps ils traitent le public avec un sans-façon par trop cavalier; il semble que cet honnête public soit un niais, un pauvre hère sans intelligence et sans goût, pour qui toutes les sottises imaginables sont encore trop bonnes, et les œuvres insipides suffisamment assaisonnées. Il y a eu, en effet, depuis deux ou trois mois, une inondation de pièces tellement incolores et nauséabondes, qu'à peine avons-nous pu y toucher du bout de la plume pour en constater seulement la naissance et le décès; après tout, si le public est mystifié à ce point, si les auteurs et les directions théâtrales lui servent quotidiennement de si méchantes denrées, à qui doit-il s'en prendre? A lui-même. Pour être respectable, il faut savoir se faire respecter; or, le public est d'une bonhomie sans exemple; il accepte tout ce qu'on lui donne, avec une patience et une résignation héroïques; qu'il se mette un beau jour à châtier un peu sévèrement tous ces fabricants de drames absurdes et de plats vaudevilles, qui abusent impudemment de sa magnanimité, et il finira par les faire rentrer dans l'ordre.

Carlo et Carlin ne méritent cependant pas tout ce grand courroux de notre exorde; et c'est à d'autres que s'adresse l'anathème. Carlo, en effet, est un garçon assez fin, assez gai, assez aimable; et qui dit Carlo dit Carlin, car Carlin et Carlo sont, à eux deux, une seule et même personne.