Quant au livre de M. Léon Halévy, il a déjà réussi sans le secours de ces moyens artificiels et faux, souvent nécessaires au mérite même. Un pareil succès est rare aujourd'hui. Nous devons un dernier éloge à l'ouvrage: le style répond au charme, à la variété du sujet; il est tour à tour grave et enjoué, simple et noble. L'auteur sait faire parler tous les êtres qui sont du domaine de la fable, suivant leur nature et leur situation: l'ouvrier, le bourgeois, l'homme d'État, les bêtes et les choses même, qu'il personnifie et qu'il anime avec un rare bonheur. Ses vers sont faits comme on n'en fait plus: ils respectent les règles de langue et du goût; ils sont pleins d'élégance et surtout d'harmonie; mais c'est un don de famille qu'on ne s'étonnera pas de trouver dans un ouvrage de M. Léon Halévy. Le succès de cette œuvre, les suffrages éclairés qu'elle a reçus, prouvent que le sentiment de la vraie poésie française n'a pas encore été étouffé sons le fatras des productions extravagantes et des vers barbares qui nous inondent.

A. F.

Monachologia, figuris ligno incisis illustrata (avec la traduction en français).--Chez tous les libraires. 1 volume in-24. 1 fr.

Pourquoi a-t-on réimprimé ce petit volume? On comprend, sans la louer ni la blâmer, sa première publication vers la fin du siècle dernier. C'était en Italie, dans les États de la domination autrichienne, et le souverain régnant était Joseph II. Le comte de Born, naturaliste distingué, ami de l'empereur, s'amusa à faire l'histoire naturelle du genre monachus, suivant la méthode de Linné. Ses descriptions étaient accompagnées de figures, comme on en voit dans tous les livres d'histoire naturelle; c'était avec les termes les plus savants et les plus choisis de la science, qui parlait latin dans ce temps-là, un pamphlet contre les moines, contre une puissance que les princes catholiques eux-mêmes ne protégeaient plus. Mais, aujourd'hui, à qui s'attaque la Monachologia? La puissance, qu'est-elle devenue? A quoi répond ce joli petit livre avec sa traduction française, avec ses figuris ligno incisis? L'éditeur aurait dû garder son papier pour un autre usage, et son bois pour se chauffer.--Il nous dira peut-être que c'est une curiosité bibliographique. Mais les curiosités qui coûtent 1 franc ne sont plus des curiosités. Les bibliophiles veulent payer cher, parce que le prix est le signe de la rareté de l'objet.

Annuaire des Voyages et de la Géographie pour l'année 1844; par une réunion de géographes et de voyageurs, sous la direction de M. Frédéric Lacroix. Première année.--Paris, 1844. Guillaumin. 1 fr. 50.

Présenter tous les ans au public un résumé des voyages et des travaux géographiques accomplis dans le courant de l'année, telle est l'heureuse idée que M. Frédéric Lacroix vient de réaliser. Cet utile et intéressant petit volume s'ouvre par une introduction dans laquelle M. Frédéric Lacroix passe successivement en revue les explorations entreprises ou terminées en 1843, et celles qui sont encore en voie d'exécution. Viennent ensuite divers articles inédits, rédigés tout exprès pour l'Annuaire, ou communiqués par Dumont d'Urville, M. et madame Hommaire du Bell, le vicomte de Santarem, MM. Alcide d'Orbigny, Marinier, Vincendon-Dumoulin, V. Schoelcher, Desgraz, Ferdinand Denis, Sebastien Albin, le major G. Poussin, etc. A une analyse consciencieuse des principaux livres de géographie ou de voyages publiés en 1843, succèdent enfin les résumés des communications relatives à la géographie faites à l'Académie des sciences, plusieurs tables de hauteur, le tableau chronologique des principales découvertes géographiques, et la liste des principales cartes publiées par le ministère de la marine. Malgré quelques lacunes faciles à combler, l'Annuaire des Voyages et de la Géographie de 1845 est digne du succès qu'il a obtenu. M. Frédéric Lacroix possède toutes les qualités nécessaires, pour que la critique la plus sévère n'ait rien à reprocher à l'Annuaire de 1844.

Chefs-d'Oeuvre du Théâtre espagnol. Traduction nouvelle, avec une Introduction et des Notes; par M. Damas-Hinard. Calderon, troisième série. 1 vol. in-18.--Paris, 1844. Gosselin. 3 fr. 50.

M. Damas-Hinard continue, avec le même bonheur et le même succès, l'élégante et fidèle traduction qu'il a entreprise des chefs-d'œuvre du théâtre espagnol. Le troisième volume de Calderon, qui vient de paraître (le cinquième volume de cette importante publication), renferme, six drames ou comédies: Louis Perez de Galice, le Secret à haute voie, l'Esprit follet, les Trois Châtiments en un seul, le Prince constant et le Schisme d'Angleterre. Chacune de ces pièces est précédée d'une Introduction historique et critique, et des notes intéressantes expliquent aux lecteurs français tous les passages obscurs.--La traduction de M. Damas-Hinard est une de ces œuvres consciencieuses, si rares de nos jours, qui assurent à leur auteur une place distinguée parmi les écrivains de leur époque.

Visnelda, ou la Druidesse des Gaules, tragédie en trois actes et en vers; par mademoiselle S. B., auteur de la Fille de Jephté, in-8. 1 fr. 50.--La Rochelle, Frédéric Boulet,--Paris, Paulin.

Un de nos abonnés nous adresse des exemplaires de cette tragédie, avec cette note que nous copions: «Ce phénomène littéraire est dû à une jeune personne qui, sans avoir jamais étudié les premières règles de la grammaire et de la prosodie, a trouvé dans un admirable instinct poétique et dans les seules forces d'un génie nourri par d'abondantes lectures, les moyens de faire presque simultanément deux tragédies: la Fille de Jephté et Visnelda, où tout respire la plus tendre piété et les plus beaux sentiments.»