«N'alternons pas plus longtemps, monsieur, parlons; je ne puis compter sur l'homme que je viens de mettre à la porte; c'est un cœur de bronze, et je renie sa parenté.
--Un instant s'écria mon ami Achille; voyons, rentrons dans le cabinet et causons.»
Charlotte me regardait, pendant cette nouvelle scène, avec un air d'étonnement; je saisis adroitement l'occasion de lui faire de l'œil un signe qui disait: soyez tranquille.
A peine rentré, j'ai, dit Achille, la moitié de la somme.
--Moi je n'ai rien.
--Eh bien! fais-moi ton billet de la moitié; je le ferai prendre à ma protectrice pour qu'elle fournisse la somme entière. C'est une vieille dame qui me veut du bien; elle fera cela pour moi.
--Je ne veux rien faire, si ce n'est me laisser conduire en prison. Je suis furieux de m'être adressé à un mauvais parent; c'est à toi que je dois cet affront. Encore un coup, partons.»
En disant ces mots je sonnai et renouvelai la demande d'être conduit à Clichy.
Achille alors prit à part le garde du commerce, et s'entretint une minute avec lui dans l'embrasure de la croisée. Celui-ci aussitôt; «Je m'en rapporte à la parole de monsieur, et le prends sur moi de vous mettre en liberté. Voilà les pièces: quinze cents francs de capital, trois cents francs de protêt et de jugement, deux cents francs de frais d'arrestation; vous ajouterez vingt francs pour le déjeuner, ce sera le pourboire de mes employés.»
Il n'y avait qu'une manière d'expliquer cette confiance: je compris qu'Achille avait payé. Il prit les papiers avec une humeur dont je vis bien que j'étais l'objet, et il sortit sans m'inviter à la suivre et sans m'attendre.