--Oreste et Pylade, ouvrage représenté dernièrement à l'Opéra-Comique, n'est qu'un vieux vaudeville joué aux Variétés vers l'an 1820. Le compositeur, M. Thys, voyant qu'au lieu d'un poème on ne lui donnait qu'un vaudeville, a jugé à propos de rendre à M. Scribe la monnaie de sa pièce; au lieu d'une partition d'opéra, il n'a fait qu'un album de chansonnettes. La revanche a été complète et éclatante. M. Thys et M. Scribe sont évidemment deux hommes d'égale force; ils se sont moqués l'un de l'autre avec beaucoup d'esprit, et un succès égal. C'est la fable du renard et de la cigogne qu'ils ont mise en action; mais, dans cette affaire, M. Scribe a été le renard.

Les concerts se succèdent presque sans interruption. Dans un prochain numéro nous apprécierons le talent des artistes les plus remarquables et les plus remarqués cette année.

Salon de 1844.

(PREMIER ARTICLE.)

Vendredi soir, 15 mars.

Nous sommes encore tout meurtri; malgré la foule qui assiégeait les portes du Musée, nous avons pu entrer dans le sanctuaire. Mais notre coup d'œil a été rapide, et nos impressions sont encore vagues. Dans d'autres articles, nous essaierons de faire connaître et d'apprécier les ouvrages les plus remarquables du salon de 1844. Aujourd'hui nous ne pouvons que mentionner à la hâte sept à huit tableaux qui nous ont particulièrement frappé, et donner quelques détails encore incomplets sur ceux que nos dessinateurs ont déjà pu reproduire. Nous mettons en pratique les principes sur l'art que M. le baron Taylor exposait, il y a quelques années, dans un ouvrage remarquable sur le Salon. «Notre premier but, disait-il, a été d'encourager les artistes par la publicité que nous offrons à leurs œuvres. Nous ne renonçons point, ni au désir, ni au droit de les éclairer de nos conseils; mais notre critique, à nous, sera toujours amicale et bienveillante, et elle s'efforcera surtout d'être utile par des renseignements non moins réfléchis que désintéressés.» Ne semble-t-il pas que ces lignes aient été écrites pour l'Illustration, dont le but, ici, est de populariser les œuvres les plus remarquables?

Nous marchons au hasard, sans chercher tel ou tel peintre, sans établir du catégories, sans même nous préoccuper des noms plus ou moins célèbres qui honorent la peinture française; et cependant nous aimons à signaler de grandes œuvres. Le Salon de 1844 n'est pas aussi faible que bien des gens se plaisent à le dire; des talents nouveau se sont manifestés, et nous le constatons avec plaisir; nous leur rendrons la justice qui leur est due.

M. Adrien Guignet a fait un pas de géant; son Salvator Rosa chez les brigands est une de ces compositions où tout se trouve; l'effet, la couleur et l'ensemble. Ces montagnes sauvages, ces routes impraticables, voilà bien la nature qu'aimait et étudiait Salvator Rosa! Son talent se retrempait au milieu de ces sites âpres et grandioses. M. Adrien Guignet a bien compris son sujet, et, ce qui était plus difficile, il l'a parfaitement rendu. Salvator Rosa est comme une introduction à la Mêlée, non pas imitée de ce maître, mais peinte dans son style, la Mêlée est une immense composition, si l'on considère la multitude de personnages qui agissent dans les différents groupes du tableau. Le mouvement est remarquable; la bataille est arrivée à son apogée:

Soldats, fantassins et cohortes,

Tombaient comme des branches mortes