C'est Lafayette en cheveux blancs.

--Encore une fois, monsieur...

--Deux minutes d'attention, jeune homme. Que dit la Charte, article 3: «Tout Français a le droit de publier ses opinions; la censure ne pourra jamais être rétablie.»

--Eh bien?

--Je publie mes opinions par la voie ou plutôt par la voix des romances, et vous attentez à ma liberté individuelle, vous me ramenez aux mauvais temps de la censure, en m'interpellant hors de propos.

--Cessez vos railleries, monsieur.

--Jeune homme, écoutez votre ancien jusqu'au bout. Je suis Potard, le fameux Potard, autrement dit le vieux troubadour, doyen des commis voyageurs de l'épicerie et de la droguerie lyonnaises. Il faut que ce conducteur soit excessivement jeune pour ne pas connaître le père Potard, le vieux troubadour. De Lille en Flandre jusqu'à Bayonne, tous les conducteurs me connaissent; ils ont tous fumé avec moi le calumet de l'amitié et partagé le petit verre de la sympathie. Il n'y a qu'un Potard au monde comme il n'y a qu'un Napoléon. Bon garçon, viveur, noceur, balochard même, mais inflexible sur les principes:

Plutôt la mort que l'esclavage!

C'est la devise des Français.

--Mon Dieu, monsieur...