Parmi les nouveaux recueils de vers qui portent déjà la date de 1844, les Chants du Soir méritent sans contestation une mention honorable. L'auteur, M. Chéri Pauffin, se distingue de tous ses émules en poésie par des qualités particulières. Il est vraiment inspiré, et son inspiration lui donne une verve bien rare aujourd'hui. S'il chante, comme il dit, c'est parce qu'il éprouve le besoin d'exprimer les pensées qui émeuvent son âme, les sentiments dont son cœur est plein, les rêveries auxquelles s'abandonne son imagination. Rien n'est factice dans ce volume; c'est là son principal mérite. Peut-être la forme n'est-elle pas toujours irréprochable, mais le fond est bon, voilà l'essentiel; il ne s'agit plus maintenant que d'améliorer ses produits. Avec du temps, de l'attention, du travail et de la persévérance, M. Chéri Pauffin réussira, nous n'en doutons pas, à obtenir une autre année une récolte, sinon plus abondante, du moins meilleure. Qu'il préfère désormais la qualité à la quantité; qu'il soit plus concis, plus chaste parfois, plus correct, et nous n'aurons que des éloges à lui donner. Aujourd'hui il nous est impossible de laisser passer, sans les relever, des négligences semblables à celles-ci:
Le folâtre zéphyr de temps en temps le berce,
Un rayon de la lune en passant le caresse.
Ces deux mots, berce et caresse, n'ont jamais rimé et ne rimeront jamais ensemble.
Les Chants du Soir se divisent en trois parties. La première, intitulée Chants héroïques, contient quinze ou seize pièces de vers ayant pour titre: la Princesse Marie, l'Empereur, Fénelon, Marie-Antoinette, Bailly, Charlotte Corday, Ney, Cambronne, Brune, Girodet, Victor Hugo. On y remarque de nobles sentiments exprimés souvent avec bonheur; mais nous préférons les poésies intimes de la seconde partie, les Larmes. M. Chéri Pauffin n'est jamais mieux inspire que lorsqu'il nous raconte les douleurs de sa vie, lorsqu'il paie un honorable tribut de regrets à la mémoire de sa mère, de son père, de sa femme. Parmi les pièces remarquables de cette seconde partie, nous citerons l'élégie suivante, intitulée la Mort d'un jeune Enfant:
A la tombe finit la peine.
Ils disaient; «Il mourra vers l'automne prochaine.»
L'enfant, en proie à ses douleurs,
Épiait, attentif, leur sinistre langage,
Et, comme il se mourait, il crut a ce présage;