Bénédiction du pape le jeudi saint.
Les grandes cérémonies ne commencent donc que le mercredi saint aux Cendres, qui se chantent à la chapelle Sixtine, à vingt-deux heures, deux heures avant le coucher du soleil. Ce jour-là, le pape porte la chape de drap d'or rouge et la mitre d'argent; les, cardinaux sont en soutanes et en chapes violettes. Pendant le Benedictus, on éteint successivement douze des treize cierges allumés sur l'autel; et on place le treizième derrière l'autel, en commémoration de la défection des douze apôtres et de la fidélité de la Vierge. On chante ensuite le Miserere, qui est suivi de l'oraison dont les premiers mots sont Respice, quæ sumus. Le célébrant, toujours à genoux et la tête découverte, de même que les ministres, récite tout haut cette prière jusqu'au qui tecum, etc. Alors il baisse entièrement la voix.
«A peine la prière est-elle achevée qu'on entend, dit un ancien auteur, le bruit des baguettes qui frappent sur les sièges et sur les bancs, pour figurer l'ensevelissement du Seigneur. Souvent les poings se mettent de la partie; les enfants augmentent le carillon; et le peuple, dont la dévotion est presque toujours opposée aux lumières de bon sens, prend assez de goût à ce bruit pour ne pas le finir sitôt. Un acolyte l'arrête, en montrant le cierge qu'il avait caché sous l'autel. C'est le signal du silence.»
Cédons un moment la parole à un écrivain contemporain (1) qui nous fera le récit d'un épisode curieux des cérémonies du jeudi saint dans lequel il a joué un rôle.
Note 1: Rome et l'Italie méridionale; promenades et pèlerinages; par M. de. Sivry. 1 vol. in-8 orné de 16 belles gravures sur acier. Paris, 1844. Belin-Leprieur.
«Le jeudi saint, au matin, dit M. de Sivry, je me présentai à Saint-Marcel au Corso, église bâtie sur l'emplacement de la maison d'une pieuse dame romaine, nommée Lucine, près du temple d'isis Exorata. C'était ma paroisse à Rome, et je tenais à y remplir le devoir pascal. J'y communiai sans messe, comme c'est assez l'usage en Italie; d'ailleurs il n'y a, le jeudi saint, qu'une seule messe, c'est la messe chantée qui se dit vers dix heures.
«Si je n'avais pas été prévenu d'avance, j'aurais été fort surpris de voir, après ma communion, un sacristain déposer auprès de moi, sur la balustrade où j'étais agenouillé, un petit billet imprimé ainsi conçu:
Inceni quem diligit anima mea,
tenui eum, nec dimittam.
(Cant. Cant., cap. III, v. 4.)
Commun. Romæ Paschatis tempore,
in Ven. Ecclesia Parochiali S. Marcelli.
Ann. Domini 1844.
Fr. Philippus Mareschi, parachus.
«J'ai trouvé celui que mon cœur aime, je l'ai saisi,
et je ne le laisserai point s'échapper.»
(Cant. des Cant., ch. III, v. 4.)
«Communié à Rome, au temps de Pâques, dans la
vénérable église de Saint-Marcel.
L'an du Seigneur 1844.
F. Philippe Mareschi, curé.»