Nous connaissions à M. Alfred Dedreux un talent tout spécial, une habileté extraordinaire pour peindre les chevaux, une touche fashionable, un laisser-aller charmant, lorsqu'il lui arrive de traiter les portraits de genre. Le Portrait, équestre de M. le duc d'Orléans nous a fort agréablement étonné, car nous avons compris aussitôt que M. Alfred Dedreux pouvait être un peintre de style dans l'occasion. En effet, sans parler de la ressemblance, chose assez facile lorsqu'il s'agit d'un prince, aussi souvent pourtraicté que le fut le duc d'Orléans, nous avons retrouvé la toile de M. Dedreux une vérité d'expression peu commune. C'est le prince dans son port, dans sa prestance, dans sa manière de se tenir à cheval. Jamais portrait ne rappela mieux une personne qui n'est plus. Ce tableau de M. Dedreux possède d'ailleurs toutes les qualités qui distinguent notre habile peintre des chevaux; rien n'y est cherché, rien n'y sent le travail pénible, et çà et là même nous voudrions que M. Dedreux eût terminé davantage certains détails. Un autre Portrait équestre de mademoiselle M... est aussi beau que celui de M. le duc d'Orléans; si le cheval qui porte la jeune fille a peu de vie, le chien couché sur le premier plan est de tous points admirable. Deux autres toiles de M. Dedreux, Cheval abandonné sur un champ de bataille, et Portrait de M. le comte M...., sont remarquables. Avec quelques études encore,--études sérieuses,--M. Alfred Dedreux occupera la plus belle place parmi nos peintres de chevaux.

Loin de nous la pensée d'établir une comparaison entre l'œuvre de M. Alfred Dedreux et celle de M. de Lansac. En art, comparer est rigoureusement impossible, lors même que les sujets sont tout à fait semblables. M. de Lansac a exposé, lui aussi, un Portrait équestre de M. le duc d'Orléans, tableau consciencieusement fait, mais où nous voudrions trouver plus de vérité dans la pose du duc, et surtout plus d'ampleur dans toute la toile.

Quel gracieux peintre de genre que M. Tony Johannot!

Sujet tiré d'André, de George Sand,
par Tony Johannot.

Combien de sujets divers il a traités, toujours avec la même supériorité, toujours avec la même poésie! Cette année, il a une riche exposition; ses tableaux sont petits, mais nombreux, et ses sujets tirés de l'Évangile, ses sujets tirés de l'Imitation de Jésus-Christ, sont comme un musée à part dans le Musée. Nous n'avions vu jusqu'alors que les gravures de ces compositions religieuses, qui sont empreintes du bon goût et du charme par lesquels ce peintre se distingue. Les deux séries de tableaux exposés par M. Tony Johannot appartiennent à M. le duc de Montpensier ainsi que le sujet tiré de Tony Johannot d'André, de George Sand. Cette dernière toile est un petit chef-d'œuvre de grâce et de sentiment; les deux personnages,--poétique création de George Sand,--sont poétiquement rendus; les fleurs éparpillées dans la jolie chambre de Geneviève, le soleil pénétrant par la croisée, tout est lumineux et délicat dans ce petit tableau.

Notre-Dame-des-Neiges, tableau,
par M. Ziegler.

Pour cette fois. M. Ziegler a donné à la religion des allures mondaines; il l'a poétisée, ainsi que l'ont fait plusieurs écrivains. Par bonheur, sous prétexte de poésie, il n'en est pas venu au matérialisme, et il s'est tenu dans de justes limites. Son exposition est brillante selon la stricte acception du mot. Et quoi de plus brillant, en effet, que Notre-Dame des Neiges? Lorsque M. Ziegler exposa Daniel dans la Fosse aux lions, ou lui reprocha une certaine lourdeur dans le faire, on lui conseilla d'avoir la touche plus légère, toutes les fois qu'il lui arriverait de peindre des saints, des anges, ou une vierge. Notre-Dame-des-Neiges, c'est-à-dire «la Vierge aux frimas,» est la mise en pratique des conseils qui lui ont été donnés. Il ne se peut rien trouver de plus délicatement rendu; et les chairs, principalement, ont une transparence unique.

--La rosée répand ses perles sur les fleurs. Voilà une charmante allégorie où la volupté ne saurait manquer, où la grâce s'inspire du sujet même. La pose de la rosée, personnifiée dans une belle jeune fille aux formes divines, est pleine de grâce et de distinction. S'il y avait un peu plus de modelé dans les chairs, ce serait un tableau parfait, et tel qu'il est, il fait honneur au talent de M. Ziegler. Son troisième tableau, une Vénitienne, a des qualités d'harmonie très-supérieures.