Ainsi, en résumé, le résultat de l'importation des graines oléagineuses et du sésame en particulier ont été les suivants: aliment pour la navigation nationale dans le transport de 36,000 tonneaux de graines; création, exploitation et entretien de 40 usines qui donnent continuellement de l'ouvrage à plus de 1,000 ouvriers; bénéfice industriel d'au moins 2 millions de fr. sur les ventes et les manipulations; bénéfice agricole qu'on peut évaluer, ainsi que nous l'avons démontré tout à l'heure, à près de 4 millions et demi; enfin, baisse de prix dans les savons, car, depuis que l'huile de sésame s'est répandue dans le Midi, le savon y a diminué de 25 pour 100 tout en améliorant ses qualités.
En présence des résultats que nous venons de signaler, est-il utile pour le pays d'augmenter les droits sur une matière première à laquelle on ne peut reprocher précisément que sa richesse et la bonté de son rendement? Cette mesure, que nous regardons d'avance connue funeste, n'aura-t-elle pas pour conséquence de reporter sur des pays limitrophes, tels que le Piémont ou l'Italie l'activité du commerce des huiles? Nos voisins, mieux avisés, importeront les graines qui nous étaient destinées, les convertiront en huiles, et viendront nous demander ensuite le prix de la main-d'œuvre.
La France ne produit pas assez d'huiles pour ses nombreux besoins. Faut-il dès lors activer par de sages mesures ou entraver ses moyens de production? C'est là toute la question.
Chronique musicale.
L'Opéra-Comique se repose sur les lauriers de M. Auber. Le lit est abondamment fourni, et doit être fort doux. Sans être tout à fait aussi bien couché, l'Opéra n'en a pas moins besoin de reprendre haleine. Nous n'aurons pas de sitôt, sans doute, à nous occuper de ces deux établissements, et encore moins du Théâtre-Italien, qui, depuis le 1er avril, s'est mis en vacances, selon son habitude aristocratique.
Faute d'un moine, disait-on jadis, l'abbaye ne chôme pas. Ce qu'il y a de sûr, c'est «pie la musique ne chôme pas faute d'un théâtre. Le mois d'avril est celui de toute l'année où l'emploi de critique musical est le plus laborieux, et demande le plus d'activité, de patience et de courage. Mais à ces inconvénients d'un rude métier, il y a parfois des compensations. Le ciel est juste! Quelquefois le critique musical est magnifiquement récompensé de ses efforts et de son dévouement intrépide.
Il y a d'abord les concerts du Conservatoire, qui semblent avoir été institués exprès pour cela. Nous n'insisterons pas sur la puissance de cet orchestre, ni sur l'habileté avec laquelle il est conduit, ni sur cette exécution presque toujours parfaite, et à laquelle, de l'aveu même des étrangers les plus entachés d'esprit national, rien ne peut se comparer dans toute l'Europe. Cela est connu et n'a pas besoin d'être répété. Aux séances ordinaires, qui se succèdent régulièrement tous les quinze jours, la semaine sainte est venue ajouter deux concerts spirituels, qui n'ont pas été les moins intéressants de la saison. Hændel, Haydn, Mozart, Beethoven et Cherubini en ont fait les frais, comme de coutume. Nous n'avons point à apprécier ici ces compositions magistrales, qu'on ne se lasse pas d'écouter, mais qui sont classées depuis longtemps, et dont la valeur ne saurait être contestée. Nous parlerons seulement de quelques solistes qui se sont fait entendre aux dernières séances.
M. Prume a exécuté, dans celle du 24 mars, un morceau de sa composition, intitulé la Mélancolie, pastorale pour le violon. M. Prume, en effet, est violoniste et appartient, si nous ne nous trompons, à l'école belge. Cette école a produit, depuis vingt-cinq ans, une foule d'élèves d'un mérite remarquable, et qui ont acquis une grande et légitime réputation; M. de Hériot, par exemple, M. Massart, M. Robrechts, M. Vieuxtemps, et, en dernier lieu, la jeune Thérésa Milanollo. M. Prume ne paraît pas destiné à s'élever aussi haut que ces grands artistes. Sa manière n'est pas, à beaucoup près, si large ni si hardie. Il manque d'éclat et de vigueur, et quelquefois de justesse. C'est là un grave défaut, surtout quand il n'a pas pour excuse la fougue de l'exécution.
M. Prume a néanmoins quelques qualités. Son jeu n'est dépourvu ni de grâce ni de délicatesse. Son style est assez élégant. Il est jeune d'ailleurs, et rien ne prouve qu'il n'acquerra pas, d'ici quelques années, ce qui lui manque aujourd'hui.
M. Martin a joué, au concert du 7 avril dernier, un concerto de violon, appartient à l'école française, et sort, dit-on, de la classe de M. Habeneck. Il a remporté, l'année dernière, le premier prix de violon au Conservatoire. C'est là un beau commencement. Il a déjà une bonne qualité de son, un excellent coup d'archet, un style correct assez élégant. Nous présumons seulement que son exécution eût été plus variée, mieux nuancée, plus finie, sans l'émotion inséparable d'un début.