Que dire de l'Espagne? Rien; car il faudrait apprendre à nos lecteurs qu'on s'attendait à Madrid à la condamnation à mort de M. Madoz, député, et que le défenseur choisi par lui a été arrêté pour avoir vivement embrassé sa défense. Toutefois nous ne pouvons résister au désir de transcrire les termes dans lesquels le journal el Mundo a fait ses adieux à ses abonnés: «Hier le gouvernement a publié un décret concernant la liberté de la presse; en conséquence de ce décret, el Mundo cesse de paraître à partir d'aujourd'hui.»
Tous les gouvernements de l'Europe semblent devoir entrer avant nous dans la voie de la réduction de l'intérêt de leur dette ou de son remboursement. La Russie elle-même nous devance. On lit dans la Gazette officielle du royaume de Pologne, sous la date du Saint-Pétersbourg: «Tous les fonds 5% du trésor seront retirés de la circulation, et il sera réservé aux porteurs du ces titres la faculté de les échanger contre les fonds 4%, ou d'en demander la valeur nominale en numéraire. La banque de Pologne est chargée de la conversion des fonds 5% en 4%, et la commission des finances et du trésor a émis, à partir du 20 mars (1er avril), des fonds 4% au porteur jusqu'à concurrence de la valeur correspondante au fonds d'amortissement.»
Depuis la suppression brusque et énergique des janissaires, Constantinople n'avait jamais été le théâtre d'un coup d'État pareil à celui qui vient d'y être exécuté. Tous les musulmans avaient été invités à se réunir dans les diverses mosquées; à mesure qu'ils se rendaient à cet appel, des officiers chargés du recrutement, et à la disposition desquels la garnison avait été mise, faisaient saisir tous les hommes jeunes qu'ils jugeaient propres au service militaire. Ceux-ci étaient conduits à bord des bateaux à vapeur du gouvernement, qui les transportaient à la caserne de l'île de Halki. Le lendemain, un conseil formé à cet effet, a de nouveau fait un choix parmi ces prétendus volontaires, et ceux qui avaient plus de trente ans, comme aussi ceux qui étaient domiciliés à Constantinople, ont été mis en liberté. Les autres, dont on évalue le nombre à 15,000, sont destinés à remplacer les soldats qui ont fini leur temps de service et qu'on doit renvoyer chez eux. Le soir même a été lu dans les mosquées un firinan par lequel il est formellement défendu aux musulmans de s'entretenir de cette mesure, avec menace de la punition la plus sévère. Pendant tout le temps que cette presse a duré, le sultan est demeuré enfermé dans son palais, défendu par une force imposante.
Le prince Maurice de Nassau, frère du duc régnant et officier au service de l'Autriche dans un régiment de hussards, assistait à une partie de chasse, en Hongrie, chez l'un des principaux magnats du pays. A la vue de la brutalité presque féroce avec laquelle ce dernier maltraitait deux pauvres rabatteurs, frappés à terre et demandant grâce, le jeune officier, dans un mouvement d'indignation irréfléchie, leva sur le magnat le fusil dont il était arme, et l'étendit lui-même à ses pieds. Le prince Maurice est un jeune homme de vingt-quatre ans. On se demande devant quel tribunal les lois de l'Autriche vont porter l'instruction de cette malheureuse affaire.
Les obsèques du feu roi de Suède ont dû être célébrées le 20 à Stockholm. Les États généraux se réuniront au mois de juillet. L'édit de convocation paraîtra après les obsèques. L'on croit que le nouveau roi, Oscar 1er, sera couronné à Stockholm dans le mois d'août, et à Christiania vers la fin de septembre.--Le prince de Wasa vient d'écrire de Darmstadt à tous les souverains de l'Europe, pour déclarer que, s'il ne croit pas devoir, dans les circonstances actuelles, faire valoir ses droits à la couronne de Suède, il n'entend pas néanmoins y renoncer, et qu'il se réserve de les revendiquer dans telle autre occasion qu'il jugera convenable.--Le nouveau canal de Trollhoata, qui complétera la jonction des deux mers, sera ouvert le 20 du mois prochain.
Il vient d'être pourvu à la vacance de quelques sièges épiscopaux. M. Manglard, curé de Saint-Eustache, à Paris, est nommé évêque de Saint-Dié; monseigneur l'évêque de Gap, dont l'état de santé motive cette translation, est nommé évêque de Verdun; M. Dépery, vicaire général de M. l'évêque de Belley, est nommé au siège de Gap; M. Fabre des Essarts, vicaire général capitulaire de Blois, est nommé évêque de cette ville; enfin M. Ruissas, archiprêtre de la métropole de Toulouse, est nommé évêque de Toulouse.
La mort ne perd pas son temps. Nous n'avions pas eu encore jusqu'à ce jour autant de noms à inscrire sur nos tables funéraires. L'Institut de France et le Conservatoire royal de musique ont perdu le célèbre auteur d'Aline, du Délire, de Montano et Stéphanie, et de tant d'autres œuvres lyriques qui feront vivre le nom de Berton. Il avait puissamment contribué à fonder cette belle école française dont le Conservatoire perpétue les précieuses traditions.--M. de Compigny, ancien officier général, qui siégea au côté droit de la chambre des députés, de 1815 à 1827, est mort également dans un âge avancé.--Madame la duchesse de Lorges, née de Tourzel, vient, au contraire, d'être enlevée à sa famille dans sa trente-huitième année.--Citons encore M. le lieutenant général baron Ledru des Essarts;--monseigneur Diaz Perino, religieux de l'ordre des dominicains, et évêque de [illisible] morque;--et M. le comte d'Exéa, membre du conseil général de l'Aude.--M. Reynold, gouverneur du Missouri, s'est tiré un coup de pistolet au cœur.--Enfin M. le comte de Fossombroni, savant distingué et premier ministre du grand-duc de Toscane, est mort à Florence à l'âge de quatre-vingt-neuf ans, que peu de premiers ministres atteignent dans l'exercice de leurs fonctions.
La plus importante nouvelle, la nouvelle qu'on échange depuis trois ou quatre jours en se donnant la main, la voici: Rachel est malade!» Cela remplace le bonjour et le comment vous portez-vous, qui sont d'usage éternel; c'est variation.
Mademoiselle Rachel est tombée malade, en effet, et dans une circonstance qui a rendu le fait de sa maladie plus singulier et plus grave. On était à la veille de la première représentation d'une tragédie nouvelle: Catherine II, de M. Romand. L'illustre actrice devait jouer le principal rôle; elle avait accepté avec ardeur, il y a six mois, des mains de M. Romand lui-même. Pendant trois autres mois, les acteurs, et mademoiselle Rachel à leur tête, s'étaient livrés à une étude laborieuse et assidue de l'ouvrage de M. Romand. Le public était prévenu et attendait avec impatience cette ronde tentative de sa tragédienne favorite dans une pièce inédite. La Judith de madame Girardin n'avait point, comme on sait, prouvé sans réplique l'autorité de mademoiselle Rachel de son succès dans les œuvres de nouvelle fabrique. Que ce soit faute de madame de Girardin, personne ne le conteste; mais enfin l'épreuve n'avait pas tourné complètement à l'honneur de l'actrice. On comptait donc sur Catherine II pour une revanche, et la curiosité était vivement excitée: le Théâtre-Français rêvait un grand succès; déjà M. Romand se voyait front ceint du laurier triomphal. Tout à coup se répand bruit sinistre: «Rachel ne jouera pas! Rachel est en danger!» L'effroi gagne le théâtre, les acteurs se regardent d'un air atterré et M. Romand est sur le point de s'évanouir; figurez-vous un homme auquel on enlève un amour, un bonheur, une gloire qu'il touchait du doigt et qu'il croyait tenir.