Ils avaient, retenant leur fureur indiscrète,

Protège du vieillard la faiblesse inquiète

Ils l'écoutaient de loin, et s'approchant de lui...

Comme le poète, le peintre a été bien inspiré, et il a envoyé de Rome un beau paysage historique, composé et rendu avec bonheur, notamment sur les premiers plans; une certaine uniformité d'exécution fait seule tort à l'ensemble du tableau. Homère abandonné dans l'île de Sicos et accueilli par des bergers est une œuvre qui honore le jeune lauréat de l'Institut. Le Souvenir de la vallée de Narni, par le même, seul beaucoup moins l'école que le paysage d'Homère, et nous fait espérer que M. Achille Renouville possède une véritable originalité.--Son frère, M. Léon Renouville, a exposé une Esther remarquable en tous points, d'une couleur brillante, d'un dessin habile.

Un autre lauréat de l'Institut, M. Jean Murat, mérite nos éloges pour ses Lamentations de Jérémie, tableau où se remarquent des qualités de premier ordre et de malheureux défauts. Il est inutile de s'appesantir sur ce tableau exposé déjà aux Beaux-Arts; c'est bien le peintre d'Agar qui l'a composé. Allez dans la galerie des gravures: Agar dans le désert, gravé avec talent par M. Alexandre Manceau, vous prouvera que M. Murat pèche sous le rapport de l'imagination, mais que son dessin est d'une pureté extraordinaire.

Que reprocherons-nous à MM. Schopin, Émile Signol, Serrur et Gosse?

A M. Schopin, son Don Quichotte et les Filles d'auberge, qui manque de caractère autant que sa Virginie au bain, autant que ses deux sujets sur Manon Lescaut, autant que ses deux sujets sur les Mystères de Paris. Certainement, M. Schopin a de l'habileté et du faire; mais il ressemble à ces acteurs qui sont toujours les mêmes. Quel que soit le sujet qu'il traite, ses moyens ne changent jamais. Les deux sujets de Manon Lescaut, traités par M. Édouard Schwind, ont des qualité» plus réelles que ceux de M. Schopin.

A M. Émile Signol, ses deux portraits historiques, qui ne nous permettent pas de croire que son talent soit multiple et puisse briller, notamment à peindre des chevaux. Le Portrait équestre de Godefroy de Bouillon et le Portrait équestre de saint Louis sont des toiles de genre, moins la grâce et l'agrément. Les deux autres portraits non équestres de M. Émile Signol nous plaisent davantage!

A M. Serrur nous ne reprochons que l'insuffisance de verve, car son Dévouement d'un bourgeois d'Abbeville renferme d'excellentes parties. Le fait qu'il a traduit sur la toile est une des plus belles pages de l'histoire de la bourgeoisie en France. Les Anglais s'étaient emparés d'Abbeville; un bourgeois, nommé Ringois, refusa de les aider à dominer ses concitoyens: il fut enlevé et conduit, chargé de chaînes, à Douvres. On le plaça sur le parapet d'une tour qui dominait la mer. «Reconnaissez-vous pour votre maître Édouard III? lui cria-t-on.--Non, répondit Ringois, je ne reconnais pour maître que Jean de Valois.» Il fut jeté la mer. M. Serrur a rendu cet épisode avec talent; mais pourquoi ses groupes ne sont-il pas posés avec plus d'assurance; pourquoi sa couleur n'a-t-elle plus de brillant? La Contemplation fait honneur à M. Serrur.

A M. Gosse nous souhaiterions plus d'ampleur dans la manière, et on pourrait alors l'appeler le Casimir Delavigne de la peinture. Les œuvres du poète ont souvent été par lui traduites en tableaux. Un jour, nous avons aperçu les Enfants d'Édouard; un autre jour, à l'ouverture du Salon de 1844, nous voyons Louis XI aux pieds de saint François de Paule.