Dans une tour obscure, etc.

La voix fraîche de Ponchart fils s'allie délicieusement; celle de son père, et son excellente méthode prouve qu'il est son élève.

Une marche lugubre se fait entendre: un homard cuit, entouré de persil, est apporté; il est suivi d'un homard cru qui l'aima, et qui le suit en gémissant et en déplorant sa solitude. Nouvel Orphée, il parvient à retirer son Eurydice du royaume de Pluton, et, plus heureux que le virtuose antique, il peut danser un pas avec sa moitié sans craindre de la voir retourne nager dans les eaux du Styx. L'ensemble de l'exécution, l'harmonie, la souplesse des mouvements, la grâce des pose dont nous ne donnons qu'une bien faible idée dans notre dessin, arrachèrent une exclamation d'enthousiasme au flegmatique Schahabaham lui-même. Il ne fallait rien moins que les rébus d'Odry, expliqués par lui-même, pour tenir la curiosité en haleine après l'admirable danse des homards; mais aussi après les rébus toute émotion paraissait impossible, la surprise était épuisée lorsque le ministre de la marine annonça au gracieux sultan que l'on allai danser la vraie polka! Malheureusement, ajouta-t-il, le danseurs étaient quatre, mais l'un d'eux étant subitement tombé malade, trois seulement pourront danser la polka. Schahabaham, rouge d'indignation qu'on osât lui proposer une polka à trois, ordonne à son ministre de la marine de faire le quatrième danseur.

«Mais, seigneur, je ne sais pas la polka!»

Schahabaham, mieux instruit qu'on ne le croirait de et qui se passe chez nous, sait parfaitement que beaucoup dansent la polka sans la savoir, et fait cette foudroyante réponse à son ministre peu zélé:

«Danse, ou je te retire ton portefeuille,»

Le ministre, consterné, court revêtir l'habit hongrois et revient avec... devinez qui? avec Cellarius! le véritable Cellarius, suivi de ses deux charmantes sœurs. Il faut rendre justice au ministre, il a dansé de manière à justifier l'ordre absolu de Schahabaham. Rien de plus ravissant que cette polka dansée par le grand professeur et l'un de ses meilleurs élèves; les yeux les suivaient dans les dessins ingénieux dus à l'invention de Cellarius, et ne se lassaient pas d'admirer cette danse toute nouvelle pour eux, malgré les essais nombreux tentés par des amateurs plus zélés qu'habiles; aussi les applaudissements duraient encore que déjà le théâtre avait disparu et que les quadrilles étaient formés pour suivre l'exemple donné par Cellarius. La polka précéda! et suivit la valse; la modeste contredanse fut un peu négligée; le souper, bien que délicieux, ne fut qu'un entr'acte, un moment de repos entre deux études, et pourtant Odry raconta la touchante histoire d'un meunier qui avait trois fils et trois moulins qu'il adorait; histoire dont chacun se rappellera en souriant la consolante conclusion, la morale du meunier à ses moulins, à savoir qu'il vaut mieux être honnête que d'être pauvre, et ses conseils à ses fils, qu'il vaux mieux chômer que mal moudre.

La dernière surprise nous attendait dans la rue, et celle-là c'était le soleil lui-même qui s'était chargé de nous la donner, car il était levé depuis longtemps, que sans nous en douter nous prolongions encore cette nuit fantastique qui avait passé avec le charme et la rapidité du plus agréable des songes.

ZÉTULBÉ.

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