Parmi les aquarelles, celle de M. Vincent Courdouan est tout à fait hors ligue; sa Vue prise dans les fouilles de Pomponiana, entre Hyères et Carqueiranne, est d'une vigueur de tons extraordinaire.--Les trois aquarelles de mademoiselle Anaïs Colin présentent de belles têtes d'expression;--les Chevaux de M. Foussereau ne pèchent que par la dureté du dessin;--les trois paysages de feu Gué valent les plus charmantes œuvres de cet artiste qui a tant de droits à nos regrets.--M. Petit et M. Alexandre Pernot ont chacun un talent fait: le premier a exposé une jolie Vue d'une partie des ruines de l'abbaye de Dilo; le second un très-pittoresque Souvenir d'un des vieux châteaux des bords du Rhin.
Parmi les peintres de pastel, M. V. Vidal marche le premier, surtout à cause de la grâce, du charme et de la poésie qu'on remarque dans ses ouvrages. Il est certain que Frasquita, Nedjmé et Noémi sont de délicieuses petites créations, dont les charmes ne laissent personne froid ou insensible. Petit Tony est un enfant ravissant, un de ces enfants gâtés qui font l'orgueil de leur mère. Le Portrait de M. Mélesville a du naturel et une ressemblance exquise.--M. Eugène Tourneux, dont nous avons reproduit la Bohémienne dans notre premier article, a exposé les Rois Mages, une Etude de femme d'un fort beau caractère, et un Portrait spirituellement fait.--Jouvenceau et Jouvencelle, de M. Antonin Moine, ont de la poésie.--Les portraits de M. Eugène Giraud sont dignes de la réputation acquise à ce peintre, dont les tableaux ont tant de coquetterie et tant d'esprit.--M. Camille Flers a rendu au pastel la Butte de Chelles, Vue prise de Montfermeil, et les Environs de Charenton, près Paris; l'effet de brouillard de ce dernier paysage est merveilleux.--Les pastels de M. Conrdouan sont encore plus magnifiques que son aquarelle; dans son Corsaire poursuivi par un navire de guerre par un gros temps, tout est remarquable, les vagues, les accessoires de marine et l'effet de soleil couchant.
Parmi les miniatures, on distingue les portraits de madame Guizot, de madame Martin (du Nord), de M. Le Normand, par madame de Mirbel;--les portraits de M. Paul de Pommayrac;--ceux de MM. Ol. et On. de las Marismas, par M. Passot.
Chaque jour, dans vos promenades sur les boulevards, vous voyez une exposition de gravures et de lithographies; aussi, vous ne vous arrêtez guère dans ce petit couloir qui conduit des galeries d'antiquités aux galeries de peinture. Eh bien! sans vous contraindre à regarder au Louvre ce que vous trouvez étalé dans les magasins d'estampes, il nous suffira, pour terminer notre revue critique, de vous signaler les travaux les plus remarquables de la gravure.
La gravure au burin est représentée d'abord par M. Achille Martinet, qui, dans sa Vierge au palmier, d'après Raphaël, a déployé toutes les ressources de l'art;--par M. Eugène Aubert père, qui a gravé deux paysages d'après Salvator Rosa et Ruysdael, et une Marine, d'après Joseph Vernet;--par M. Lorichon, qui n'a cependant réussi qu'à moitié dans la Bénédiction, d'après Raphaël;--par M. Aristide Louis, auteur de Mignon regrettant la patrie, et de Mignon aspirant au ciel, reproductions de deux beaux tableaux de M. Ary Scheffer;--par M. Mercuri, qui a exposé les Portraits de Christophe Colomb et du Tasse;--par M. Victor Normand, dont le Portrait de Michel-Ange pèche
L'amour de l'or, par M. Couture.
par la dureté des tailles;--enfin par M. Tavernier, qui a reproduit le beau tableau de Murillo, Saint Gilles devant le pape.--La gravure à la manière noire et à l'aqua-tinta est représentée par M. Jazet, qui a exposé le Jour de Pâques à Saint Pierre de Rome, d'après M. Horace Vernet, et les Derniers moments de la reine Élisabeth d'Angleterre, d'après M. Paul Delaroche;--par M. Sixdeniers, dont l'Arabe en prière et le Poste au désert, d'après M. Horace Vernet, sont gravés avec une étonnante habileté;--par M. Alphonse Martinet, qui a rendu d'une façon ravissante la Jeune fille avec un chien, de M. Winterhalter;--par M. Rollet, dont nous n'aimons pas beaucoup les Adieux de Napoléon à son fils, ni la Faust et Marguerite;--par M. Alexandre Manceau, qui a gravé avec supériorité l'Agar dans le désert, de M. Murat.--Mentionnons aussi trois dessins, la Vierge d'Orléans, d'après Raphaël, par M. Mercuri;--le Portrait de Velasquez, par M. Desjardins, et la Courtisane, d'après Sigalon, par M. Vacquez.
Ici se termine notre critique du Salon de 1844. Les portes de l'exposition des produits de l'industrie sont ouvertes, et il faut que nous nous occupions de ce grand événement national. L'Illustration attend les artistes au Salon de l'année prochaine.