Moulin à bras portatif.-Nous avons tenu à donner à nos lecteurs une idée d'une de ces machines simples et économiques dont l'usage est journalier et indispensable, et qui, par la simplicité de leur mécanisme et la modicité de leur prix, sont à la portée de toutes les bourses et de toutes les positions. Nous avons voulu leur montrer en même temps un des appareils adoptés pour nos frères d'Afrique, et qui, grâce à leur légèreté, peuvent se transporter à la suite des corps d'armées, et donner aux troupes campées et loin de tous les lieux habités l'élément le plus indispensable de la nourriture, une farine bien faite, et du pain frais et de bonne qualité. Le moulin à bras portatif, dont nous donnons le dessin, a réalisé ces avantages. Il se compose, comme tous les moulins, d'une meule fixe et d'une meule tournante. On introduit le blé au-dessus de la meule fixe: il est d'abord concassé par une noix cannelée, puis réduit en farine entre les deux meules; il est bluté dans un tamis qui reçoit son mouvement de va et vient d'une tige mise elle-même en oscillation par une pièce carrée montée sur l'axe des manivelles; la farine tombe dans le fond de la caisse du moulin, et le son est expulsé par un auget qui termine le tamis. Pour empêcher l'écartement des meules, on se sert d'une vis taraudée qui passe dans une traverse fixée à la partie supérieure du moulin, et qui presse sur une griffe scellée dans la meule fixe. Ce moulin, manœuvré par deux hommes, donne 20 kilogrammes de mouture de blé par heure. En remplaçant la noix ordinaire par une noix à grosses dents, il devient propre à moudre du maïs ou d'autres grosses graines. Enfin, on peut remplacer les manivelles par des roues à courroies, et le mettre ainsi en communication avec une machine à vapeur ou une roue hydraulique. L'inventeur de cet ingénieux appareil est M. Tarm.

Machine à sculpter.--Il nous reste à parler d'une des machines les plus intelligentes que nous ayons jamais vues. Avouons d'abord que cette machine n'est pas à l'exposition, mais seulement les œuvres d'art qu'elle a produites.

Nous aurions peut-être dû attendre, pour en entretenir nos lecteurs, notre article sur les objets d'art, mais nous n'aurions eu qu'à les signaler, tandis que la partie vraiment intéressante n'est pas le résultat seulement du travail de cette machine, mais la machine elle-même, dont nous avons pu nous procurer un dessin. Qu'on se figure une série de parallélogrammes articulés qui soutiennent entre eux un cadre, qu'on imagine que ce cadre a de véritables bras, dont les articulations sont des roues et des pignons; des nerfs, des chaînes, des cordes sans fin; des doigts, du fer et les ongles des instruments pointus, ronds, échancrés, à vis, à spirale; qu'on donne à ces bras le mouvement, au moyen d'une machine à vapeur, l'un d'eux va venir s'appuyer sur l'objet à reproduire de manière à suivre délicatement tous les contours, le creux des yeux, la saute du nez, les intervalles des cheveux, et l'autre suivant rigoureusement les mouvements du premier va d'abord, au moyen de deux marteaux glissant l'un sur l'autre, ébauche à coups précipités le marbre qu'il touche; puis, au moyen d'un ciseau, enlever peu à peu les parties que le marteau a laissées; et enfin, au bout d'une heure, vous verrez l'outil intelligent se retirer et présenter à vos regards surpris un nez parfaitement modelé, des cheveux artistement travaillés; enfin une copie semblable en tout au modèle. Tel est l'instrument que nous avons vu fonctionner il y a peu de jours, et peu s'en est fallu que nous ne lui demandions notre buste, séance tenante. Les produits figurent à l'exposition sous le nom de M. Contzen.

Du reste, les machines envahissent tout; à l'exposition nous avons vu une machine à faire des moulures qui, en trois minutes, en a produit dix-sept mètres; pauvres menuisiers! une machine à battre ou plutôt à comprimer le linge; pauvres blanchisseuses! une machine à cambrer les tiges de bottes et à comprimer, sans les battre, les semelles; pauvres cordonniers! une machine à faire des tonneaux, avec une économie de 40 à 70 pour cent; pauvres tonneliers!

Mais rassurez-vous, vous tous qui craignez que les machines ne vous ôtent le travail; partout et toujours la substitution d'un métier au travail manuel a augmenté la consommation et appelé un plus grand nombre de bras. Depuis l'invention du métier à bas, cette marchandise, de luxe autrefois, est devenue une des parties indispensables du plus pauvre vêtement; depuis le métier à la Jacquart les étoffes de soie sont devenues l'apanage de la bourgeoisie; depuis qu'il y a des chemins de fer en Belgique, les marchands de chevaux, les carrossiers, les bourreliers, ont vu doubler leur industrie. C'est qu'à côté d'un progrès est un besoin, et que jamais l'un ne se développe sans être amené, excité et adopté par l'autre.

Le Maroc.

Avant de rendre le dernier soupir, Mahomet avait recommandé à ceux qui lui succéderaient, mais qu'il ne voulut pas désigner, de purger la terre sacrée de l'Islam de tous les infidèles, et de porter la vraie foi jusqu'aux extrémités du monde. Pour obéir à cette loi, les Arabes se répandirent sur la terre. La 22e année de l'hégire, l'an 640 de Jésus-Christ, l'Égypte était conquise. En 645, Abdallah fit une première incursion dans la Numidie. En 665, il se jeta de nouveau sur l'Afrique, à la tête de 40,000 combattants; toujours victorieux, il parcourut, comme s'il eût été guidé par le doigt de Dieu, les plaines, les montagnes, les déserts; et poussant enfin son cheval dans l'Océan qui baigne les côtes du Maroc, «Grand Dieu' s'écria-t-il, tu le vois, la mer seule m'arrête.»

La mer ne devait pas même arrêter les Arabes. Mais, avant de franchir le détroit de Gibraltar, ils firent une halte sur ces rivages où Abdallah les avait conduits.

Les peuples établis alors dans cette partie de l'Afrique septentrionale qui forme l'empire de Maroc actuel, étaient connus sous le nom générique de Maures; mais ils se divisaient en trois tribus principales encore faciles à reconnaître aujourd'hui; les berbères, les Schelloks et les Maures proprement dits. Désire-t-on connaître les conjectures faites sur leurs origines et leur histoire, on n'a qu'à lire l'ouvrage remarquable publié en 1787 par Chénier, le père des deux Chénier, sous ce titre: Recherches historiques sur les Maures et Histoire de l'Empire du Maroc. Depuis leur établissement dans ces contrées, ils avaient presque toujours été subjugués par leurs voisins. Ainsi, ils s'étaient soumis tour à tour aux Carthaginois, aux Romains, aux Vandales, aux Grecs du Bas-Empire. Souvent ils tentèrent de se révolter contre leurs occupants: ils furent toujours défaits. Deux fois ils repoussèrent l'invasion arabe, deux fois les nouveaux conquérants revinrent avec des forces supérieures, et triomphèrent de leur résistance. Enfin, retrouvant chez eux leurs propres habitudes, les Arabes persuadèrent aux Maures qu'ils avaient une origine commune; ils leur firent adopter leur religion, et, pour occuper leur activité turbulente, Mouza-Ben-Nozeir en emmena un grand nombre avec lui à la conquête de l'Espagne.

Une seule bataille, celle du Guadalete (710 ou 711), décida du sort de la monarchie des Goths. Les Arabes et les Maures, victorieux, fondèrent en Espagne un royaume qui devait durer huit siècles. Deux années leur avaient suffi pour achever leur conquête; il fallut huit cents ans aux Espagnols pour la leur reprendre. Ce ne fut qu'en 1491 qu'Abdallah-al-Zaquir céda au roi Ferdinand la ville de Grenade, et pleura comme une femme en quittant ce dernier asile qu'il n'avait pas su défendre en homme. En vain les Maures qui restèrent en Espagne, appelés désormais les Mauresques, embrassèrent la religion catholique, et se soumirent d'abord sans murmurer à tout ce qu'on exigea d'eux, la tyrannie croissante de leurs oppresseurs les força de se révolter; et en 1610, un arrêt de Philippe III les bannit du royaume. L'émigration dura jusqu'à la fin de 1611. Pendant les trois aimées suivantes, on fit dans toute l'Espagne les plus minutieuses recherches pour découvrir ceux, qui avaient échappé à la commune proscription. En 1614 les commissaires chargés de ces perquisitions déclarèrent qu'ils avaient accompli les ordres du roi, et que l'Espagne était délivrée du serpent réchauffé dans son sein.