«Comment aimez-vous ma patrie, monsieur? demanda-t-il, fixant ses regards sur Martin.
--Pas du tout,» répondit le malade.
L'Américain continua de fumer sans la moindre émotion, attendant que l'envie de parler lui revint. Le moment arrivé, il ôta sa pipe et reprit:
«C'est tout simple; pour nous apprécier, il faut une certaine élévation.... L'âme de l'homme doit être préparée à la liberté, monsieur Compagnie.»
Ces derniers mots s'adressaient à Mark; car, sous l'excitation d'une fièvre ardente, que le bourdonnement monotone de cette insupportable voix poussait jusqu'au délire, Martin, plus qu'à demi fou, fermait les yeux, et, souhaitant le visiteur à tous les diables, s'était retourné sur son misérable grabat.
«Et le corps, répliqua Mark, qu'en dites-vous? ne lui faudrait-il pas aussi quelque utile préparation? surtout s'il est destiné à habiter un béni petit marécage dans le genre de celui-ci?
--Appelez-vous Éden un marécage, monsieur? demanda gravement M Chollop.
--Mais il me semble qu'il n'y a pas de doute là-dessus, du moins pour moi.
--Opinion tout à fait européenne, dit le major: aussi ne me surprend-elle nullement. Que diraient vos millions d'Anglais s'ils possédaient un pareil marécage au milieu de leur île mesquine, monsieur?
--Ils diraient que c'est un horrible trou, repartit Mark, et préféreraient, je gage, qu'on leur inoculât la fièvre de toute autre façon.