Aussi avons-nous hâte de citer M. Maréchal, dont les pastels ont fait tant de sensation lors de leur apparition. M Maréchal est un artiste, il a étudié les beaux vitraux de Metz; et, sans chercher à les copier, il a voulu créer des verrières qui ne relevassent d'aucune époque, mais de son seul talent. On peut voir ses essais dans l'église de Saint-Jacques-du-Haut Pas.
Ce n'est pas dans cette voie qu'ont tenté de le suivre, quant à présent, MM. Galimard et Lami de Nozan; ils ont pensé que, dans une église d'une époque et d'un style donné, il valait mieux s'en tenir au simple pastiche; l'harmonie du monument y gagne assurément, et le choix d'une telle verrière fait autant d'honneur au goût de l'architecte qui sait l'apprécier qu'aux artistes qui l'ont exécutée. Nommer d'ailleurs M. Lassus, quand il s'agit de goût, c'est mettre tout le monde de son côte.
Donnons donc une description de cette fenêtre.
Elle appartient évidemment, par son style, à la seconde moitié du quinzième siècle, et elle est du genre historié le plus brillant de cette époque. Les costumes rappellent ceux du temps de Louis XII.
Les trois panneaux d'en bas représentent, ainsi que nous l'apprend la légende: «Comment le corps de monseigneur saint Landry fut porté en terre.» Le premier panneau, où se trouvent le sonneur, le porte-étendard et les deux enfants de chœur, est au-dessus de tout éloge; comme style, inspiration religieuse, on ne peut rien imaginer de mieux. Composition et exécution, c'est assurément ce qu'il y a de plus remarquable dans toute la fenêtre. Placez ce panneau au milieu des vitraux de Beauvais, il soutiendra la comparaison. Les deux autres panneaux sont aussi dignes d'éloges; la procession marche bien, il y a du deuil et de la solennité tout à la fois.
On sait que lors de l'invasion des Normands, au septième siècle, les reliques de saint Landry, ancien évêque de Paris et patron de Saint-Germain-l'Auxerrois, furent transportées dans la cité. Les trois panneaux supérieurs nous montrent donc «comment ceux de Saint-Germain-l'Auxerrois translatèrent le corps de monseigneur saint Landry.» Ici l'effet est tout différent: tout à l'heure la composition était calme et triste, maintenant elle est étincelante; peut-être même trouverions-nous à blâmer cet éclat. Les Normands approchaient; c'étaient de terribles barbares, idolâtres, sans pitié ni merci, et ce n'est pas avec cet air de fête que des gens frappés de terreur vont cacher l'objet de leur culte et de leur dévotion. Il semble, du reste, que le peintre ait prévu notre critique en plaçant à la fin du cortège ce guerrier qui, s'appuyant sur sa longue épée, semble honteux d'une aussi triste prévoyance, et cet enfant qui regarde derrière lui d'un air effrayé. Après tout, le brillant combiné avec l'harmonie n'est pas chose assez commune pour que nous tenions à notre objection, et nous signalerons, pour en terminer avec ces panneaux, le seigneur en robe rouge doublée d'hermine qui porte la châsse. On le croirait arraché à une de ces inimitables verrières de Saint-Patrice, à Rouen.
Les trèfles sont fort sagement décorés; c'est ordinairement un écueil que ne savent pas éviter les faiseurs de vitraux modernes; il semble qu'ils n'aient pas assez de couleurs criardes pour garnir les meneaux du haut de leurs fenêtres. Ici, au contraire, tout est calme et harmonieux.
Des dais à clochetons surmontent la procession des reliques et relient ainsi, d'une manière ingénieuse, avec la bande d'architecture qui occupe la partie supérieure des panneaux d'en bas, tout l'ensemble de la composition. Si nous avons des éloges à donner à cet ange à ailes rouges et à robe verte qui est si admirable d'effet, nous sommes forcés de trouver bien maigres les guirlandes qu'il tient suspendues; ne pouvait-on pas, sans nuire à la composition, faire quelque chose de plus étoffé?
Le trèfle supérieur représente saint Landry fondant l'Hôtel-Dieu. Ce panneau est digne de ceux qu'il couronne et termine glorieusement l'ouvrage. Les anges qui l'entourent sont d'un goût exquis. Nous recommandons l'ange qui est au faîte de la fenêtre, et, pour terminer par une critique, nous voudrions que celui qui est à sa droite eût les ailes moins noires; elles font presque tache.
Quant à cet éclat trop vif qui choque toujours nos yeux dans les vitraux modernes, comme il ne vient pas ici de l'assemblage de couleurs en désaccord les unes avec les autres, que les critiques prennent un peu de patience, et la poussière et la crasse auront bientôt donné à cette verrière cette profondeur de ton et cette harmonie que nous admirons tant chez les anciens. Qu'en n'oublie pas que nous les voyons après plusieurs siècles de mise en place, et qu'on regarde les vieilles fenêtres nettoyées de l'abbaye de Saint-Denis.