L'abbé Ponceau parut un
matin sur le seuil de la
chambre de son élève, un
petit paquet enveloppé
dans son mouchoir.

--Il ne chantait point la romance, et, s'il jouait agréablement de la flûte, il n'en jouait guère que pour lui.

--Il ne s'exerçait point à la parole dans les conférences politiques de tribuns impubères... «Pourquoi avez-vous désarmé notre flotte? demande un bachelier de l'extrême gauche.--L'Europe nous avait fait des concessions!» répond une jeune borne, de la classe de 1844.

--Il ne parlait jamais à son cheval qu'en pur français, sans alliage britannique.

--Il détestait le tapage, si cher aux jeunes Français de toute condition.

--Il ne parlait jamais littérature.

--Il était abonné à l'Illustration, dont il a jusqu'ici deviné tous les rébus.--Ce qui ne l'empêchait point d'avoir, dans l'esprit, une pointe de scepticisme.

L'abbé Ponceau.

Quant à sa position sociale, il n'avait ni père, ni mère, ni cousins, ni oncles, ni frères. C'était l'homme le plus orphelin qu'on put imaginer: mais, comme il n'avait jamais connu la joie de la famille, il ne s'en souciait guère, et il n'aurait pas donné un écu pour avoir un parent.--Notez qu'avec de l'argent on peut se procurer des cousins de tout prix.--Il prétendait même, à cause de sa propension naturelle à voir les choses par leur bon côté, que la nature l'avait traité en enfant gâté, puisqu'elle lui avait épargné la douleur de perdre ses ascendants; et souvent il disait qu'on a bien assez affaire de mourir soi-même, sans prendre un intérêt de surcroît dans la mort des autres. Ce n'est pas, cependant, qu'il n'eût un très-bon cœur, mais il croyait que la tendresse n'est point au prix du chagrin, redoutait en tout le trouble de la vie, détestait les occasions de douleur, et se plaignait d'avoir des dents parce qu'il devait les perdre.