Un jour qu'il passait dans une
rue détournée, pleine d'ombre
et de silence, Oscar entendit
tout à coup une jolie voix qui
chantait.

Et ne dirons-nous point quelques mots ici du petit Van, l'ami de toute la maison, le favori du vieil abbé, et le confident intime d'Oscar? Le petit Van était Hollandais, et de là lui venait son nom, et certainement il mériterait, d'occuper, à lui seul, tout un chapitre dans l'histoire des chiens célèbres; car j'oubliais de vous dire que c'était un petit chien non, gros comme le poing, et tout perdu dans les touffes luisantes de ses longues soies.--Ce n'est point à dire pourtant que le petit Van eût aucun de ces talents de société qui élèvent un chien au-dessus de bien des bipèdes; non, il ne savait point danser le menuet, ni battre du tambour: ni jouer aux cartes, ni même apporter la pantoufle, mais il était incomparable pour aimer son maître: c'était là son unique talent, et vous avouerez qu'en somme celui-là en vaut bien d'autres. Quand le jeune Oscar jouait de la flûte, le petit Van, gravement assis sur son derrière, regardait avec des yeux sérieux le cher musicien, et il faisait entendre à l'unisson je ne sais quel gloussement qui marquait sa joie. Et lorsque son maître s'ingéniait à trouver le nouveau rébus de l'Illustration, Van s'élançait sur la table verte, flairait mystérieusement la maudite charade, et prenait un air pensif.--Une fois le mot trouvé, le petit Van se réjouissait de tout son corps, et aboyait avec allégresse.--Bien certainement ce petit chien-là sera du voyage, et toutes nos sympathies lui sont acquises des à présent.

Maintenant les personnages sont connus suffisamment pour que nous n'ayons point peur de nous mettre en route avec eux. Mais pourquoi se mettaient-ils en route?

CHAPITRE II.

POUR QUELLE AFFAIRE D'IMPORTANCE NOS VOYAGEURS SE METTAIENT EN ROUTE.

Sterne divise le cercle entier des voyageurs comme il suit: voyageurs oisifs, voyageurs curieux, voyageurs menteurs, voyageurs orgueilleux, voyageurs vains, voyageurs sombres; viennent ensuite les voyageurs contraints, les voyageurs criminels, les voyageurs innocents et infortunés, les simples voyageurs, et, enfin, s'il vous plaît, le voyageur sentimental.

Mais le satirique Anglais a évidemment oublié, dans cette classification, une des espèces les plus curieuses de la race en question, je veux dire le voyageur conjugal.

Voici votre cousin qui fait sa malle avec un soin inaccoutumé, y renfermant moelleusement son plus bel habit noir, sa plus riche cravate de soie, en garnissant tous les vides avec des flacons d'odeurs, des savons parfumés et des gants paille. Manifestement, vous avez devant les yeux un voyageur conjugal.--Tenez! une teinte solennelle se répand sur la figure de votre cousin, un regard patriarcal vient ennoblir ses yeux, et, montant en voiture, le voyageur vous serre gravement la main, comme il convient de faire dans les grandes occasions.--Parti garçon, il reviendra mari, et peut-être père!

Or, le jeune Oscar était à la veille d'entreprendre un semblable voyage, et déjà son visage se serait modifié selon la formule conjugale, s'il n'avait point eu, comme nous l'avons dit, un petit grain de distraction d'esprit, qui le préservait de devenir jamais monomane. Non qu'il fût de ces distraits de comédie, qui se mouchent par erreur dans la robe blanche de leur fiancée, ou qui s'oublient au point de s'asseoir sur une vieille dame; mais enfin il aimait à penser à autre chose. Grave défaut aux yeux de ces terribles logiciens, que l'on nomme les gens sérieux, et chez qui les idées marchent au pas et en rang d'oignons.