(8e article.--Voir t. III, p. 49, 133, 161, 180, 211, 228 et 230.)
Boulangerie Mouchot.--Pétrisseurs mécaniques.
Dans les climats froids ou tempérés, dans ceux où le soleil, avare de ses rayons, abandonne longtemps la terre sans l'échauffer, et la laisse envahir par la neige et la glace ou par les vents du nord, une des plus grandes jouissances de la vie, une de ses premières nécessités est la production artificielle de la chaleur par l'exacte fermeture des appartements d'abord, et ensuite par l'échauffement que procure la combustion de certaines matières. Depuis longtemps déjà la Russie et les autres pays du Nord savent se chauffer; en France, on en est encore aux éléments de ce grand art qui a longtemps été négligé par les architectes, peu étudié par les savants, et presque constamment abandonné à l'impéritie ou à l'ignorance d'une classe d'industriels qui s'intitule fumistes. Et, cependant, s'il est agréable de se bien réchauffer, il n'est pas moins important, au point de vue économique, d'utiliser tout, ou au moins la plus grande partie, d'une denrée aussi chère que le combustible.
Pesage et placement de la pâte dans les moules.
Dans nos rêveries poétiques, ou lorsque nous laissons la folle du logis faire irruption dans l'existence de nos ancêtres, rendre la vie à un monde qui n'est plus, et reconstruire les antiques manoirs avec leurs donjons et leurs salles immenses, nous nous plaisons à nous figurer ces vastes cheminées sous le manteau desquelles une famille, épouse, enfants et serviteurs, s'asseyait autour de son chef, devant des chênes entiers, dont la flamme claire et pétillante réjouissait les yeux et pénétrait de ses rayons joyeux les profondeurs de la salle; nous regrettons peut-être ces temps de nos aïeux bardés de fer, qui se reposaient un instant dans leurs foyers entre deux guerres; et nous nous disons que ces hommes ne trouveraient plus aujourd'hui assez d'air pour leur poitrine, assez d'espace pour leur pied, dans ces petits appartements qui partout ont remplacé les vieux châteaux et les vastes hôtels. Peut-être, en effet, était-ce le bon temps; peut-être valons-nous moins que ceux qui nous ont précédés; peut-être surtout, dans les jouissances de la vie ultérieure, avons-nous plutôt trouvé l'apparence que la réalité; et si nous regardons l'époque d'autrefois comme misérable, peut-être avons-nous aujourd'hui la même misère, mais sans la livrée de grandeur dont elle était revêtue alors!
Fours de la boulangerie Mouchot.
Nos lecteurs, s'ils se rappellent le titre de notre article, trouveront peut-être ces réflexions bien ambitieuses. Mais est-il possible de penser aux vastes manteaux des cheminées anciennes, sans évoquer immédiatement les grandes lignes du chef de famille et de ses vassaux. Le foyer était le centre des réunions, dans ce temps où rien n'était frivole, où l'on agissait plus qu'on ne parlait, et où la même pièce servait vingt usages différents. Du reste, pour en revenir à notre compte rendu, et n'en déplaise à nos graves ancêtres, ils avaient adopté la plus mauvaise manière de se chauffer. La déperdition de chaleur était énorme, et l'on n'en utilisait que la plus minime partie. Dans nos cheminées modernes, plus perfectionnées sans contredit, le chiffre de la chaleur utilisée est si minime, que beaucoup, en le lisant, se montreront incrédule? Ainsi, il résulte d'un très-beau travail de M. Grouvelle que, dans les différentes industries qui se servent d'appareils d'évaporation, la perte de chaleur est de 50 pour 100; dans le travail des métaux, verreries, porcelaines, etc., de 95 pour 100; dans le chauffage des cheminées d'appartement, de 97 pour 100; et dans celui des poêles et calorifères bien construits, de 50 pour 100 seulement. Si l'on cherche ensuite à évaluer la déperdition de capitaux qui relève de ce chef, on arrive à des résultats aussi affligeants qu'inattendus. La consommation du bois de chauffage, en France, s'élève annuellement à 80 millions de francs, et celle de la houille à 60 millions; total, 140 millions.