Faisons mention des grands établissements de M Japy, à Beaucourt près de Montbéliard, auxquels l'industrie dont nous nous occupons doit tant de progrès, et qui sont arrivés par un travail persévérant et le génie de l'invention à livrer au commerce à raison de 2 fr. et même de 1 fr. 25 c. des mouvements de montre qui, avant la mise en pratique de leurs moyens simplifiés, coûtaient 7 et 8 fr. Ils se représentent encore cette année, et, comme aux exportions précédentes, ils soutiennent dignement leur vieille réputation.

Il est un fait que nous signalons avec regret: c'est qu'à part quelques hommes qui ont l'amour de leur art, et qui font tous leurs efforts pour aller en avant, l'horlogerie est devenue une affaire essentiellement commerciale, et que sur dix hommes qui s'intitulent fabricants d'horlogerie, il n'y en a souvent pas un qui soit un véritable horloger. Ce fait, on doit l'attribuer surtout à ce que les pièces sortent toutes fabriquées des ateliers de Suisse et de Beaucourt, et qu'on n'a plus qu'à les assembler. Nous déplorerons également l'absence de goût qui se fait généralement remarquer dans les pendules exposées; les modèles sont d'un dessin grossier et mauvais, les figures ne sortent pas de l'allégorie, les formes de l'empire dominent encore; trop heureux quand, au milieu de ce chaos, on parvient à reposer sa vue sur un modèle élégant ou sur une ornementation dans laquelle on peut chercher et découvrir une pensée d'artiste. C'est ce qui nous a déterminé à choisir les deux pendules que nous offrons à nos lecteurs; l'une exécutée par M. Paillard, sur le dessins de M. Feuchère; l'autre de M. Paul Garnier, sur les dessins de M. Vieil-Castel.

Le dessin de la pendule de M. Paillard est simple et distingué; la base est large et le couronnement gracieux; l'exécution d'ailleurs ne laisse rien à désirer, et nous reconnaissons avec plaisir l'artiste que le jury de 1839 a déjà honoré d'une médaille d'argent. Nous donnons également le croquis d'un bénitier en bronze pour oratoire, exécuté sur les dessins de M. Châtillon. Deux anges, les anges de la prière, appuyés l'un sur l'autre, s'ombrageant de leurs ailes, tiennent entre eux la coquille du bénitier. Ce groupe est calme et recueilli; les vêtements ont l'ampleur suffisante, et sont bien drapés. Nous sommes heureux de donner ici à M. Paillard la preuve que ses produits n'avaient pas échappé à notre attention, et que nous n'attendions que l'occasion de leur donner une mention convenable et méritée.

Quant à M. Paul Garnier, sa case est une de celles devant lesquelles nous nous sommes arrêté avec le plus d'intérêt. C'est que cet habile mécanicien ne s'est pas contenté d'exposer des pièces d'horlogerie; nous lui devons encore une mention particulière pour différentes inventions qui commencent à se répandre dans l'industrie, et, par leur précision, ne peuvent manquer de conduire à des résultats d'observations remarquables. M. Paul Garnier a résumé dans sa pendule, commandée par lord Seymour, tous les progrès qu'a faits l'horlogerie; il y a appliqué un mouvement à secondes fixes, obtenues par l'emploi d'un nouvel échappement libre à coups perdus. La pièce d'échappement porte une détente qui dégage à chaque oscillation le valet de repos, pour laisser passer la dent suivante et donner une nouvelle impulsion. L'aiguille des secondes est concentrique au grand cadran. Les heures et minutes sont indiquées sur un cadran excentrique au précédent, au centre duquel se trouve un fond en émail bleu parsemé d'étoiles, percé d'un orifice par où apparaissent les configurations de la lune, dont l'âge est indiqué par un troisième cadran concentrique. Les jours de la semaine, les dates et noms des mois sont indiqués sur une ligne formée par les sections apparentes de trois rouleaux en émail. La compensation du pendule est à masses mobiles, et la sonnerie a heures et quarts en passant.

L'ensemble de cette pendule présente un portique de style renaissance en marbre statuaire. Au-dessous du cadran est un bas-relief représentant des attributs de sciences et d'arts. De chaque côté du cadran sont deux pilastres à enroulements sculptés, sur lesquels sont posés deux statuettes, personnifiant l'astronomie et l'imprimerie, sous les traits de Galilée et de Gutenberg. Les extrémités sont terminées par des consoles ornées de fruits sculptés dans le marbre. Le fronton est surmonté de trois figures représentant Shakspeare, Raphaël et le Palestrina, la base porte des panneaux incrustés en lapis-lazuli et en malachite. Enfin, le bas-socle de style roman, en cuivre ciselé et doré, est découpé de manière à laisser entendre une musique placée dans la base de la pendule.

Le plus beau titre de M. Paul Garnier à la reconnaissance des industries à vapeur, est son compteur simple et à horloge simultanée. Par son emploi, un chef d'établissement tient se rendre compte de la manière la plus précise du nombre de coups de piston qu'a produits une machine dans un temps donné, ou, plus généralement, du nombre de périodes de mouvement d'un moteur quelconque, et de la durée totale de la fonction de la machine. Ainsi, par exemple, on a appliqué ce compteur à une locomotive en service sur le chemin de Versailles. Le compteur a donné le nombre exact de tours de roues; mais ce nombre était supérieur à celui de l'espace réellement parcouru par la locomotive. Cette différence tenait au temps où les roues avaient tourné sur elles-mêmes sans avancer, par défaut d'adhérence occasionnée par une cause quelconque, telle que l'humidité. On a donc pu déduire de là le glissement des roues qu'on n'avait pas encore pu constater directement et d'une manière rigoureuse. Le compteur avec l'horloge indique d'une part, au moyen de l'horloge, le temps pendant lequel la machine a fonctionné, et d'autre part, au moyen du compteur, l'espace parcouru par les roues. Le compteur s'adapte avec avantage aux bateaux à vapeur, aux machines fixes, aux machines d'épuisement, aux moulins, aux laminoirs. Les ministres des finances et de la marine en ont déjà ordonné l'application aux bateaux à vapeur de l'État et aux paquebots transatlantiques. De grands propriétaires d'usines, et, entre autres, MM. Schneider, en ont adopté l'usage pour leurs usines, et peuvent ainsi se rendre un compte exact du travail et du produit de leurs différentes machines. Ajoutons que le compteur peut compter jusqu'à un million, et que l'horloge peut à volonté être mise en rapport avec lui, et marcher et s'arrêter en même temps que le compteur.

M. Paul Garnier a exposé en outre des régulateurs, des chronomètres, un indicateur dynamomètre, des pendules de voyage d'une solidité et d'une simplicité admirables, et d'autres pièces détachées pour l'horlogerie du commerce, qui prouvent que cet artiste n'est étranger à aucune des branches de son art, et qu'il poursuit le progrès dans toutes.

MARBRERIE.

Peu de contrées sont plus riches que la France en substances minérales propres aux grands travaux de sculpture et d'architecture, et, cependant, ces richesses enfouies dans le sol y sont restées longtemps, sinon inconnues, au moins abandonnées. L'Italie nous fournissait les marbres blancs pour la statuaire; l'Espagne et l'Orient, les marbres riches en couleurs pour l'ornement des édifices. Ce n'est que sous François 1er et sous Henri IV qu'on se mit à rechercher les marbres indigènes. Louis XIV les adopta pour les décorations du Louvre et des Tuileries. Puis on les abandonna de nouveau, et ce n'est qu'au commencement de ce siècle que des recherches heureuses permirent à la France de s'affranchir du tribut qu'elle payait aux marbres étrangers. Plus de soixante départements peuvent fournir des marbres variés de couleurs et de beauté, et propres aux usages les plus précieux. Le marbre blanc des Pyrénées soutient avec avantage la comparaison avec les plus beaux marbres de Carrare. Du reste, la preuve que, maintenant, la France trouve en elle-même ses propres ressources, et depuis longtemps déjà, c'est que la valeur des marbres importés, qui était de 1,726, 114 fr. en 1823, n'était plus en 1833 que de 368,701 fr.

L'exposition des marbres, cette année, est aussi brillante qu'en 1834 et en 1839, quant à la qualité et à l'aspect, et peut-être supérieure quant au goût des ornements et de la sculpture, et surtout quant au bon marché. Nous avons surtout remarqué les marbres des Pyrénées et ceux des Vosges. Les derniers sont un marbre brèche à fond gris, avec nuances variées, du marbre noir, blanc, bleu turquin, brèche violet; la serpentine des Vosges y occupe aussi un rang remarquable.