Ces renseignements préliminaires terminés, arrivons au bagne avec un condamné.

Bain des Forçats.

Jugé par une cour d'assises éloignée; le malheureux qui descend de la voiture cellulaire est resté plusieurs jours et plusieurs nuits enfermé dans un étroit espace où il ne pouvait faire aucun mouvement, où il respirait à peine la quantité d'air nécessaire à sa poitrine. Ses yeux se ferment malgré lui, éblouis par la lumière du jour; ses pieds sont enflés, et tous ses membres tellement endoloris, qu'il faut le porter ou le soutenir jusqu'à la chaloupe qui l'attend sur le port. Des forçats lui rendent ce service. Le chef des chiourmes assiste presque toujours en personne à l'arrivée de la voiture cellulaire et à la réception des condamnés.

Les places réservées aux nouveaux arrivés occupées, la chaloupe se dirige vers le bagne. Ce sont des forçats qui rament, mais le gouvernail reste confié à un pilote libre. Des gardes chiourmes se tiennent debout entre les condamnés. La chaloupe court rapidement sur les vagues, et bientôt les condamnés pénètrent dans cette prison redoutable, dont la plupart d'entre eux ne doivent plus jamais franchir les limites: Quel moment terrible! frappés dans leur honneur, dans leur fortune, dans leur liberté, dans leur état civil, ils disent un adieu éternel à cette vie du monde maintenant finie pour eux... Est-ce un remords ou le désespoir qui leur cause cette émotion que la plupart d'entre eux essaient vainement de dissimuler?

A peine débarqués au bagne, on les conduit tous dans le bureau de M. le commissaire de la marine; on les fait asseoir sur un banc, et cet employé supérieur, assisté d'adjudants et de sous-adjudants, procède immédiatement à la vérification de leurs papiers, s'assure de leur identité, et les enregistre sur les livres du bagne. Désormais ils n'auront même plus de nom; le numéro de leur inscription servira seul à constater leur individualité.

Coupe des Cheveux.

Au sortir du bureau des commissaires, ils sont conduits à la salle de bain. Là, ou les lave dans une cuve en bois; des forçats les frottent avec une grosse éponge, tandis que d'autres vident et remplissent incessamment la cuve d'eau de mer. Des adjudants et des gardes chiourmes président toujours à cette opération, qui ne dure que quelques minutes.

A peine nettoyé, chaque homme passe de la cuve dans une salle voisine, où le médecin attaché spécialement au bagne,--un chirurgien de première classe de la marine,--l'examine avec soin de la tête aux pieds. A côté du docteur, vous remarquez un forçat debout; il tient d'une main une planchette recouverte d'une feuille de papier, et de l'autre un crayon. C'est le secrétaire du docteur, chargé d'écrire toutes ses observations. Les malades sont immédiatement envoyés à l'hôpital pour y recevoir tous les soins que réclame leur état.