Après la bastonnade et la remise en couple, la peine disciplinaire la plus dure à laquelle les forçats puissent être condamnes au bagne, c'est l'emprisonnement; les cachots où ils subissent cette peine sont d'étroites cellules toutes semblables à celle que représente notre dessin. Des planches enchâssées dans un cadre de fer, et supportées par des montants de même métal, une couverture, un seau contenant de l'eau, un baquet, en composent l'ameublement. Elles ne reçoivent d'air et de lumière que par un petit trou carré donnant sur un corridor commun; un adjudant veille constamment à l'entrée de ce corridor; la grille près de laquelle il fait sa faction s'appelle le parloir.
Corridor des cellules.
Les forçats condamnés au cachot sont non-seulement enfermés seuls dans les cellules, mais on les attache à leur lit par une chaîne dont l'autre extrémité est solidement fixée à un de leurs pieds. Pendant toute la durée de leur peine ils n'ont que du pain et de l'eau; tout travail leur est interdit, surtout celui qu'ils pourraient faire pour augmenter leur petit pécule. Et cependant, malgré cet isolement et ce repos forcés, ils sont moins malheureux moins à plaindre que ne le seront un jour à venir les détenus des futures prisons cellulaires, si la chambre des pairs consent à voter dans la session prochaine le projet de loi qu'a voté cette année la chambre des députés. Ils sont seuls, abandonnés à leurs pensées, mais leur cachot n'est pas éloigné de la salle commune, ils entendent sinon ce que disent leurs compagnons de crime et d'infortune, du moins le bruit qu'ils font, ils peuvent même les voir aux heures de leur sortie pour les travaux ou de leur rentrée dans les salles pour le repos de onze heures et pour la nuit. Leur chaîne est si longue qu'elle leur permet de se hisser jusqu'à la fenêtre de leur cellule et de passer leur tête par ce petit trou carré. Cette distraction, la seule dont ils jouissent, est tolérée. A certains moments de la journée, le corridor des cachots, garni de toutes ces têtes curieuses, offre un spectacle étrange aux visiteurs du bagne.
Outre ces cellule» particulières, il y a, au bagne de Toulon, un cachet général qu'on appelle la salle des indisciplinés. Les forçats qui y sont enfermés y restent jour et nuit enchaînés; des gardes-chiourmes, toujours armés de carabines chargées à balle, ne les perdent pas de vue un seul instant, et les contraignent à faire de l'étoupe qui sert à calfeutrer les bâtiments de guerre. On ne les laisse sortir que le matin pendant deux heures, le temps nécessaire pour laver, nettoyer et purifier leur salle.
|
Intérieur de la cellule. |
Vue extérieure de la cellule. |
Le Viatique.
Si les forçats valides et bien portants sont assujettis aux plus rudes travaux, soumis au plus sobre de tous les régimes et couchés sur des planches, dès qu'ils sont sérieusement malades, on les conduit à l'hôpital où ils reçoivent tous les secours que réclame leur état, où rien n'est épargné pour leur rendre la santé. Une espèce de robe de chambre en moui rouge, descendant jusqu'aux talons, remplace leur costume.
Ils ont un bon lit, ils mangent de la viande et boivent du vin, quand les ordonnances du docteur le permettent; deux fois par jour, soir et matin, le médecin de la marine leur rend une visite; des infirmiers et des sœurs de charité leur préparent ou leur administrent les remèdes dont ils ont besoin. Enfin la salle de l'hôpital renferme une chapelle. Les malades ont toujours sous les yeux l'image du Sauveur des hommes, ils entendent la messe et les sermons sans quitter leur lit; à toute heure du jour et de la nuit, un prêtre est prêt à écouter leur confession, à les exhorter au courage, à leur promettre le pardon des crimes qu'ils ont expiés par leur châtiment et par leur repentir.