Transport des forçats morts à l'amphithéâtre.
Toutefois, qu'il nous soit permis, en terminant cet article, d'emprunter les réflexions suivantes au vieil avocat, notre ami Oscar Pinard, qui publie chaque mois dans le Droit des chroniques si spirituelles et si sensées sur la salle des Pas-Perdus.
«Sur quoi repose la loi nouvelle des prisons? sur la nécessité de réprimer les récidives. Il ne peut pas y avoir d'autre raison que celle-là, à moins qu'on ne vienne dire qu'on va dépenser des sommes énormes et inaugurer, dans un siècle de douceur, des pénalités rigoureuses, pour le plus grand honneur de systèmes philosophiques et de théories incertaines. C'est la société qui s'effraie, se cabre, pour ainsi dire, et qui recule sur elle-même, au risque d'écraser, en reculant, quelques bandits qui la menacent.
«Voilà l'idée d'où est née la loi; et si elle est fausse, cette idée, que de regrets ne coûterait-elle pas alors à ceux qui y auraient cédé! Or, voilà un magistrat distingué, M. de Molènes, juge au tribunal de première instance de la Seine, organe du ministère public pendant trente années, qui n'a pas dû contracter dans l'exercice de ses fonctions l'habitude de la mollesse et d'une complaisante facilité, lequel, avec des chiffres, démontre qu'on s'est effrayé trop vite, que la société actuelle a été calomniée et que son état présent ne rend pas nécessaires les systèmes nouveaux dont on l'effraie.
«A combien s'élève le nombre des hommes profondément corrompus, contre lesquels la loi entend déployer tout son appareil de rigueur, ceux que M. de Molènes appelle récidivistes du crime après crimes? A 199.
«Ce magistrat ajoute avec beaucoup de sens:
«Est-ce bien pour parer à de tels résultats que l'on discute aujourd'hui le système cellulaire?
«On veut éviter tout concert dans les prisons (car c'est là l'argument principal) entre les détenus. Mais à leur sortie n'ont-ils pas nécessairement, pour se concerter (beaucoup plus efficacement, puisque c'est avec liberté d'exécution immédiate), les lieux où le crime et la misère rassemblent toujours les dangereuses classes d'hommes?
«Cet essai, fait au moyen de dépenses énormes, ferait revivre la peine de la gêne, (art. 14 et suivants du titre 1er, partie 1re du Code pénal de 1791), c'est-à-dire tiendrait perpétuellement au cachot des condamnés dont la santé suivant les uns, l'intelligence suivant les autres, seraient par là menacées.