Si nous ne craignions de nous attirer une partie des rancunes que ce volume ne peut manquer de valoir à son auteur, nous dirions qu'il s'en publie peu d'aussi spirituels, et que c'est la plus amusante révélation que nous ayons entendue depuis longtemps. Mais nous ne saurions admettre toutes les méchancetés du révélateur sur ces messieurs et sur ces dames; nous ne croyons ni aux intrigues ni aux sous-jupes, et c'est malgré nous que nous avons ri de ce chapitre notamment où l'auteur, ayant dit du mal de tout le monde, ayant épuisé toutes les formules malignes, et voulant cependant encore renchérir sur le compte d'un de nos peintres, M. Lepaute, ne trouve d'autre moyen que de faire son éloge. C'est bien traître!
Il est cependant un certain monde pour lequel l'auteur des Petits Mystères s'est montré plus indulgent. Il paraît qu'il n'a plus rien à attendre des femmes; attendait-il quelque chose des journalistes, des feuilletonistes surtout? Il nous les fait passer en revue à une sortie de l'Opéra; c'est tout un cortège de grands nommes. C'est bien l'idée que nous nous sommes toujours faite de ces messieurs, et ce qui double chez, nous le mérite de cette conviction, c'est que nous n'attendons d'eux aucun compte rendu. Mais à leur place, en lisant ces flatteries sur des pages mordantes, nous nous rappellerions le corbeau de la fable, et nous craindrions que l'éloge de notre plumage ne fût mis là uniquement pour nous faire ouvrir un large bec. Heureusement l'amour-propre des corbeaux sert toujours merveilleusement la ruse des renards, et d'ailleurs c'est par habitude sans doute que celui-ci se sera montré rusé; car il s'est montré trop spirituel, il a trop constamment su se montrer amusant, pour avoir besoin de recourir à des apothéoses qui feront peut-être sourire les gens qui ne croient à rien, pas même aux grands hommes de nos jours et aux réclames.
L'Univers pittoresque, histoire et description de tous les peuples, de leurs religions, mœurs, coutumes, industries, etc.--Europe, tomes XXV, XXVI, XXVII et XXVIII. Angleterre, Écosse et Irlande; par MM. Galibert et Pelle, 4 vol. in-8. 24 fr.--Paris, 1842-1844. Firmin Didot. Trois volumes ont déjà paru; le quatrième est en cours de publication.
On a déjà parlé dans ce recueil de la grande publication de messieurs Firmin Didot frères, et l'ouvrage que nous annonçons aujourd'hui est peut-être, pour nous autres Français, après les deux ouvrages de cette immense collection consacrés à l'histoire de France (Annales et Dictionnaire encyclopédique), celui de tonus qui offre le plus grand intérêt. Histoire civile et militaire, état social, religion, mœurs, littérature, sciences et arts, législation, agriculture, navigation, commerce, industrie, tout cela est renfermé dans le vaste cadre de MM. Galibert et Pelle, tout cela est touché, sinon traité à fond par eux, de telle sorte que, sans avoir fait une œuvre historique d'une haute portée, sans avoir laissé, ce à quoi eux-mêmes ne semblent pas prétendre, un de ces monuments qui traversent les siècles, ils ont donné un livre à la fois utile et amusant, dans lequel si rien de bien neuf, de bien original n'y brille, on est du moins assuré de trouver un résumé de ce que la science historique fournit de plus avancé sur l'Angleterre jusqu'à ce jour.
Les exposants heureux, caricature par Cham.
Les Exposants malheureux, caricature par Cham.
Vol à main armée, caricature par Cham.