VOYAGE DE LA REINE DE HOLLANDE
La petite reine des Pays-Bas, héritière de feu Guillaume III, accompagnée de sa mère, la reine-régente Emma, a visité, le mois dernier, la ville de Rotterdam. Nos gravures reproduisent le portrait des deux reines et les principales phases de ce voyage. La jeune reine Wilhelmine n'a que dix ans à peine. Cette promenade sur la rivière, au milieu des coups de canon et des acclamations de la foule, l'a infiniment amusée, et sa joie radieuse lui a gagné les cœurs de tous ses sujets.
Le bateau qui portait les deux illustres passagères était suivi d'une flottille d'environ soixante navires. L'effet produit par cette flottille, à respectueuse distance du navire royal, sur cette magnifique rivière de la Meuse dont les bords, éternellement verts, se mirent dans ses eaux, était à la fois gracieux et imposant. Sur le quai de Vlaardingen, notamment, se pressait, une foule énorme et enthousiaste. L'arrivée au débarcadère de Rotterdam a été saluée par de frénétiques hourrahs. Une calèche attelée à quatre était destinée aux reines. Dans les autres landaus avaient pris place les officiers et dignitaires. Le spectacle de la ville en fête était des plus curieux: tous les habitants dans la rue, ou suspendus, en grappes, aux balcons des maisons et sur les toits; peu ou point de troupes; une simple escorte de cavalerie qui galopait derrière et de chaque côté du cortège.
Une cérémonie touchante a marqué ce voyage à Rotterdam. La reine Wilhelmine a placé la première pierre d'un monument commémoratif élevé pour perpétuer le souvenir de cette visite.
LE GÉNÉRAL SUMPT
C'était une curieuse figure, et des plus connues de notre armée, que celle du général Sumpt, commandant de l'hôtel des Invalides où il est mort dimanche matin.
Il devait cette sorte de célébrité aux affreuses blessures qu'il avait reçues à Sedan. Un obus lui avait fracassé les deux poignets. Sa robuste constitution lui avait permis de résister à l'amputation des deux avant-bras, et, ne voulant pas prendre sa retraite, il s'était fait ajuster deux mains mécaniques dont il se servait avec une adresse merveilleuse, mettant même une sorte d'amour-propre à monter de préférence des chevaux un peu vifs, qu'il faisait caracoler d'une façon toute juvénile quand il défilait à la tête de sa brigade.
Louis-Joseph Sumpt était né à Nancy, le 13 novembre 1816, sur cette terre de Lorraine, de tout temps bonne nourricière de gens de guerre au service de la France.
Elève de Saint-Cyr, Louis Sumpt en était sorti, en 1839, dans le corps de l'état-major; il avait été nommé chef d'escadron en 1856, après la campagne de Crimée, ou il s'était brillamment conduit; lieutenant-colonel en 1864. En 1870, il avait été attaché, avec ce grade, à l'État major de la division Conseil-Dumesnil, qui combattit à Woerth avec le 1er corps d'armée sous les ordres du maréchal Mac-Mahon. Il avait été nommé colonel le 20 août 1870.
Après sa blessure, le colonel Sumpt, relevé sur le champ de bataille, avait été transporté à Bruxelles, ou il avait été soigné et opéré. A sa rentrée en France il fut nommé général de brigade. Une bien touchante consolation l'attendait sur le sol natal. Au moment de la déclaration de guerre, il allait se marier; son départ avait empêché le mariage, et, au retour, le pauvre blessé, rougissant de sa défaite et de son infirmité, avait voulu rendre sa parole à sa fiancée. Mais le cœur de celle-ci n'avait pas changé, la jeune fille voulut épouser le vaincu: elle seule pouvait payer au soldat mutilé la dette de la patrie!