Donc, cohue; sur l'hippodrome, toutefois, il se trouve, en cette journée bruyante, un coin solitaire: c'est le paddock ou les chevaux sont promenés en mains avant la course. A part quelques habitués, toujours curieux de s'assurer de l'état des chevaux, on n'y voit personne en dehors des propriétaires, entraîneurs ou jockeys. C'est peut-être la partie la plus intéressante de tout l'hippodrome, c'est celle qui attire le moins.
Clamart, qui en est à sa cinquième victoire, a gagné facilement, tout le monde le sait, battant son camarade d'écurie Récirend, Clément et neuf autres, parmi lesquels Gouverneur et Ermak, le vainqueur du dernier derby français. Il est né au haras de la Chapelle, près Sées, chez le vicomte Dauger, l'éleveur de Plaisanterie. Son père, Saumur (par Dollar), a été élevé chez M. Lupin, et a été acheté par M. Edmond Blanc à la vente des chevaux du comte de l'Aigle. Sa mère, Princesse Catherine, une remarquable poulinière, est née en Angleterre et a été importée en 1881 par le vicomte Dauger. Elle a donné précédemment Catharina et, Clover, gagnant du prix du Jockey-Club en 1889. Elle appartient aujourd'hui à son gendre, le comte de Chénelette.
M. Edmond Blanc, qui a fait des sacrifices considérables pour aménager le haras de la Celle-Saint-Cloud, où il a importé Energy, puis Retreat, avait déjà gagné le Grand-Prix de Paris de 1879 avec Nubienne. Tom Lane, qui montait Clamart, a remporté dimanche sa troisième victoire dans notre grande course internationale.
Epilogue: la recette a dépassé 350,000 fr. et il a été fait pour 2,300,000 francs de paris au totalisateur.
S.-F. T.
PROJET DE PONT
RELIANT FOURVIÈRE A LA CROIX-ROUSSE
Lorsqu'on examine un plan de la ville de Lyon, on voit que deux des quartiers les plus populeux sont bâtis l'un sur la colline de Fourvière, l'autre sur celle de la Croix-Rousse, séparées par la vallée de la Saône. Les relations entre ces deux points sont assez pénibles. Du haut de la colline de Fourvière, on voudrait pouvoir prendre son vol pour aller se poser sur sa voisine, si proche à vol d'oiseau, si loin pour le piéton.
Bien des imaginations ont été mises en éveil, bien des projets hardis ont été faits pour relier ces deux points par un pont s'élançant au-dessus de la vallée de la Saône. Mais, jusqu'à présent, aucun n'avait abouti. Celui de M. Clavenad, ingénieur des Ponts-et-chaussées, directeur des travaux de la ville de Lyon, vient d'avoir plus de succès, et a été adopté par le conseil municipal et par le conseil général. Une fois les fonds votés, le travail pourra marcher rapidement, car, après les merveilles accomplies par la métallurgie moderne, rien ne s'oppose à l'exécution d'un semblable projet.
Le pont projeté entre les deux collines lyonnaises aura une longueur totale de 543 mètres, s'appuyant sur un arc de 214 mètres, à une hauteur de 80 mètres au-dessus du lit de la Saône. Le viaduc constitué par deux poutres droites de 5 mètres de hauteur supportera deux voies superposées, l'une supérieure pour voitures et piétons, l'autre, inférieure, pour l'établissement d'un chemin de fer.
Cet ouvrage n'est pas destiné uniquement à faciliter les relations entre les deux plateaux populeux de la cité lyonnaise, il doit opérer en même temps le raccordement de la ligne de Bourg avec Saint-Étienne et mettre directement en communication Lyon, l'Ain, le Jura et la Suisse avec les régions industrielles et agricoles de la Loire. Il présente, en outre, une grande importance militaire tant au point de vue de la mobilisation que pour la défense même de la place.