--Suivons-la, nous finirons bien par nous renseigner. C'est une jeune fille du monde, certes, et cependant, cependant... il y a en elle un je ne sais quoi qui ne sent pas son couvent.

Celui qui parlait ainsi était un fort beau garçon qui, malgré ses vêtements bourgeois, se révélait soldat à ne s'y pas tromper. L'œil dur, la moustache provocante, les allures un peu brusques, semblaient indiquer que ce jeune officier n'avait pas le commandement fort doux. Son compagnon était beaucoup moins bel homme; ses yeux bleus étaient les yeux d'un rêveur, d'un homme d'étude probablement.

Edmée hâtait le pas. Le cou tendu, le regard ardent, elle cherchait à reconnaître parmi les personnes qui attendaient les voyageurs celle qui était venue pour elle; elle savait que de cette première rencontre dépendaient beaucoup de choses. Elle en oublia tout à fait les deux jeunes gens dont l'évidente admiration l'avait amusée pendant le voyage. Cependant l'admiration lui était nécessaire comme l'air qu'elle respirait.

Marthe Levasseur, dès qu'elle aperçut le visage de cette jeune fille tout vibrant d'émotion, ne douta pas un instant. Elle s'avança résolument, un peu pâle seulement, et dit:

--Vous vous nommez Edmée Levasseur, n'est-il pas vrai?

Edmée, très troublée, émue à en pleurer, se blottit, par un mouvement d'une grâce féline, dans les bras de son aînée.

--Ma sœur... murmura-t-elle.

Marthe embrassa la jeune fille le plus cordialement du monde. Ce baiser scellait un pacte, auquel Marthe n'avait consenti qu'après mainte révolte.

--Sais-tu que je trouve en toi une sœur adorablement jolie--tout simplement délicieuse?

--Je voudrais tant vous plaire...