Tout le monde a remarqué depuis plusieurs mois cette belle étoile rouge, qui brille tous les soirs dans notre ciel et se couche actuellement vers minuit. Son éclat commence à diminuer; mais elle a été très-brillante. C'est le 27 avril qu'elle est passée juste derrière la Terre et que sa lumière était la plus vive. Dès les premières observations, j'ai constaté qu'elle nous présentait son pôle nord très-incliné vers nous et marquée par une tache blanche peu étendue, formant un point brillant à la partie inférieure du disque (image renversée dans la lunette

astronomique). Les taches ocreuses, qui représentent les continents, et les taches gris-verdâtre, qui représentent les mers, se dessinaient sous une forme plus ou moins accentuée, selon la transparence de l'air et selon les heures du soir.

Après la Lune, c'est Mars qui est le mieux connu de tous les astres. Aucune planète ne peut lui être comparée sous ce rapport.

La géographie de Mars, ou pour parler plus exactement l'aréographie, a déjà pu être étudiée et dessinée. Ce qui frappe le plus au premier abord dans l'examen de l'ensemble de la planète, c'est que ses pôles sont marqués comme ceux de la Terre par deux zones blanches, par deux calottes de neige. Le pôle nord comme le pôle sud sont même parfois si brillants, qu'ils paraissent dépasser le bord de la planète, par suite de cet effet d'irradiation qui nous montre un cercle blanc plus grand qu'un cercle noir de mêmes dimensions. Ces glaces varient d'étendue: elles s'amoncellent et s'étendent autour de chaque pôle, pendant son hiver, tandis qu'elles fondent et se retirent pendant l'été. Dans leur ensemble, elles s'étendent plus loin que les nôtres et parfois descendent jusqu'au 45e degré de latitude, c'est-à-dire jusqu'aux contrées qui correspondent à l'emplacement de la France sur la terre.

Ce premier aspect de la planète lui donne une analogie avec la nôtre, comme division de ses climats en zones glaciales, tempérées et torrides. L'examen de sa topographie montre au contraire une dissemblance assez caractéristique entre la configuration de ce globe et celle du nôtre.

En effet, sur la Terre, il y a plus de mers que de terres. Les trois quarts du globe sont couverts d'eau. Il n'en est point de même de la surface de Mars. Il y a autant de terres que de mers, et au lieu d'être des îles émergées du sein de l'élément liquide, les continents semblent plutôt réduire les océans à de simples mers intérieures, à de véritables Méditerranées. Il n'y a point là d'Atlantique ni de Pacifique, et le tour dit monde peut presque s'y faire à pied sec. Les mers sont des Méditerranées découpées en golfes variés, prolongés çà et là en un grand nombre de bras s'élançant comme notre mer Rouge à travers la terre ferme: tel est le premier caractère de l'aréographie.

La seconde, qui suffirait aussi pour faire reconnaître Mars d'assez loin, c'est que, les mers sont étendues dans l'hémisphère sud, entre l'équateur et le pôle d'une part, d'autre part, en moins grande quantité, dans hémisphère nord; et que ces mers australes et septentrionales sont reliées entre elles par un filet d'eau. Il y a même sur la surface entière de Mars trois filets d'eau allant du sud au nord; mais comme ils sont fort éloignés l'un de l'autre, on ne peut guère en voir qu'un à la fois d'un même côté du globe martial. Ces mers et cette passe qui les réunit forment un caractère très-distinctif de la planète, et il est rare qu'on ne l'aperçoive pas en mettant l'œil au télescope. Il est très-visible sur notre figure, et si la planète eut été ronde à cette époque, au lieu d'être entrée dans une phase qui lui ronge à sa droite un croissant d'un dixième de sa largeur totale, on verrait même un autre filet d'eau vers ce bord oriental du disque.

Les continents de Mars sont teints d'une nuance rouge ocreuse, et ses mers se présentent à nous sous l'aspect de taches d'un gris vert, accentué encore par un effet de contraste dû à la couleur des continents. La couleur de l'eau martiale paraît donc être la même que celle de l'eau terrestre. Quant aux terres, pourquoi sont-elles rouges? On avait d'abord supposé que cette teinte pourrait être due à l'atmosphère de ce monde guerrier. Mais il n'en est rien. La coloration de Mars n'est pas due à son atmosphère, car, quoique ce voile s'étende sur toute la planète, ses mers ni ses neiges polaires ne subissent pas l'influence de cette coloration, et Arago, en prouvant que les bords de la planète sont moins colorés que le centre du disque, a montré que cette coloration n'est pas due à l'atmosphère, car dans ce cas, les rayons réfléchis par les bords de la planète pour venir à nous ayant plus d'air à traverser que ceux qui nous viennent du centre, seraient au contraire plus colorés que ceux-ci.

Cette couleur caractéristique de Mars, visible à l'œil nu, et qui sans doute est cause de la personnification guerrière dont les anciens ont gratifié cette planète, serait-elle due à la couleur de l'herbe et des végétaux, qui doivent couvrir ses campagnes? Aurait-on là-bas des prairies rouges, des forêts rouges, des champs rouges? Nos bois aux douces ombres silencieuses y seraient-ils remplacés par des arbres au feuillage rubicond, et nos coquelicots écarlates seraient-ils l'emblème de la botanique martiale? Probablement. Les terrains de Mars doivent être recouverts d'une végétation quelconque, et comme ce n'est pas l'intérieur des terrains, mais leur surface, que nous voyons, il faut que le revêtement de cette surface, que la végétation, quelle qu'elle soit, aie pour couleur dominante la couleur rouge, puisque toutes les terres de Mars offrent ce curieux aspect.