Sans copier servilement l'organisation prussienne, dont certaines parties ne s'adapteraient pas à notre régime politique, la commission a adopté un système qui s'en rapproche et qui, tout en conservant le principe de centralisation qui fait la base de nos institutions, assurera néanmoins la rapidité du passage de nos armées du pied de paix au pied de guerre. Désormais, le territoire de la France sera divisé en un certain nombre de régions à chacune desquelles correspondra un corps d'armée qui y tiendra garnison et qui, en cas de guerre, puisera dans la région même le complément d'hommes qui lui sera nécessaire pour compléter son effectif. En temps ordinaire, l'armée continuera, comme à présent, à se recruter sur toute l'étendue du territoire, mais au moment de la guerre, elle se recrutera sur place, de telle sorte que, tout en conservant une armée homogène, on acquerra, au point de vue de la mobilisation, l'avantage d'une rapidité à peu près aussi grande que celle des corps d'armée allemands. De plus, chaque région possédera des magasins généraux d'approvisionnement contenant tous les objets nécessaires à l'armement et à l'équipement complets du corps d'armée, et sera placée, sous le commandement d'un général assumant sur lui seul la responsabilité de l'armement, de l'entretien et de l'approvisionnement.

Tel est, résumé en quelques mots, le système nouveau qui, de l'aveu de tous les hommes spéciaux, présentera sur l'ancienne organisation des avantages incalculables. L'Assemblée s'y est ralliée à la presque unanimité, et malgré les critiques de détail présentées par quelques membres, son adoption à une très-grande majorité n'est, pas douteuse.

ALLEMAGNE.

On fait beaucoup de bruit depuis quelque temps de la retraite de M. de Bismark qui serait, assure-t-on, sur le point de résigner ses fonctions de ministre des affaires étrangères de Prusse pour ne garder que celles de chancelier de l'empire. On nomme même les deux personnages qui se disputeraient sa succession: MM. de Balan et de Bulow. Nous avons déjà eu occasion de signaler, il y a quelques semaines, les tiraillements qui se sont produits au sein du gouvernement allemand et qui avaient déjà eu pour conséquence d'ébranler la situation et l'influence de M. de Bismark. La nouvelle que nous enregistrons ici n'a donc rien d'invraisemblable; cependant, la Gazette de l'Allemagne du Nord, dont les attaches officieuses sont bien connues, déclare, qu'elle est tout à fait inexacte; mais l'insistance et l'acrimonie que met ce journal à la démentir sont de nature à faire penser, tout au contraire, qu'elle pourrait bien n'être pas absolument sans fondement.

Le ministère de la guerre de Prusse vient de faire commencer une série d'exercices d'artillerie qui sont certainement les plus grandioses que jamais une armée ait été appelée à faire en temps de paix: il ne s'agit de rien moins que d'entreprendre le siège en règle et le bombardement effectif d'une citadelle, que l'on fera finalement sauter avec des engins explosifs dont l'application en grand n'avait pas encore été faite jusqu'à présent. La forteresse ainsi vouée à la destruction est celle de Graudens, sur la Vistule; les opérations du siège et du bombardement dureront six semaines; le feu sera ouvert chaque jour pendant quatre heures et les habitants des environs devront se retirer à une distance de 10 kilomètres; on n'évalue pas à moins de deux millions de francs le montant des indemnités qu'entraînera à lui seul ce déplacement quotidien de la population.

ESPAGNE.

La situation en Espagne est de plus en plus grave. Après avoir pris Berga, les carlistes se sont avancés sur Puycerda, dont Saballs se serait emparé, s'il faut en croire les dernières dépêches, qui paraissent dignes de foi; ils ont reçu, tout récemment, un convoi de 12,000 fusils et une quantité considérable de munitions, et l'on sait que ce sont les armes bien plus que les combattants qui leur avaient manqué jusqu'à présent. D'autre part l'anarchie est effroyable: à Alcoy, ville de 30.000 âmes, dans la province de Valence, les internationalistes ont massacré le maire et le percepteur, traîné leurs corps dans les rues et incendié une importante filature de coton. A Carthagène, le général Contreras s'est mis à la tête des insurgés qui, maîtres de toute la ville, ne tarderont pas, on le craint, à s'emparer de l'arsenal et des navires de guerre mouillés dans le port. A Malaga, la Commune règne dans toute son horreur, et les journaux espagnols font un 'tableau effroyable des excès de tous genres auxquels s'y livre la populace. Pendant ce temps, le chef du gouvernement de Madrid, M. Piry Margall, s'occupe de constituer un ministère radical et s'en tient, pour le reste, à des déclarations pompeuses auxquelles on a appris depuis longtemps à ne plus croire. Les députés de la droite du Congrès ont dû présenter contre lui une motion de censure dont le résultat n'est pas encore connu à l'heure où nous écrivons.

GRANDE-BRETAGNE.

Le public anglais est vivement ému par les nouvelles qui viennent d'arriver de la côte de Guinée. La ville d'Elmina, un des principaux centres du commerce de cette contrée avec l'Europe, a été bombardée et réduite en cendres par le commandant militaire de la colonie, qui a été obligé de recourir à ce moyen extrême pour sortir de la situation critique où l'avait mis l'attaque de la tribu hostile des Ashantees. La ville d'Elmina, qui ne comptait pas moins de 10,000 habitants, avait été fondée par les Hollandais qui l'avaient cédée à l'Angleterre avec son territoire, il y a un an à peine; en échange de cette cession, l'Angleterre consentait à ne pas s'opposer aux conquêtes que les Hollandais pourraient vouloir faire dans l'île de Sumatra. On sait comment les Hollandais usèrent de la faculté qu'ils venaient d'acquérir et par quel insuccès se termina l'expédition qu'ils s'empressèrent d'organiser contre le sultan d'Atchin; l'Angleterre n'a guère été plus heureuse: elle avait à peine pris possession de sa nouvelle colonie, qu'elle se voyait attaquée par une peuplade indigène, celle des Ashantees qui, au nombre de 50,000, venaient cerner la garnison de la citadelle dominant la ville d'Elmina. Or, les habitants de cette dernière étaient pour la plupart sympathiques à la cause des Ashantees et tout disposés à favoriser leur entreprise; le commandant anglais n'eût d'autres ressources que de menacer d'un bombardement si l'ennemi ne se retirait pas, et de mettre la menace à exécution, cette sommation étant restée sans effet.

La nouvelle de cet événement a produit, de l'autre côté du détroit, une impression d'autant plus fâcheuse que le traité avec la Hollande avait été l'objet de nombreuses critiques lors de sa conclusion.