Ce réalisme s'étalait déjà (il y a quarante-deux ans!), mais en vers et seulement dans les livres. Voilà qu'il fait irruption sur le théâtre.--Attendez-vous à en voir de belles! Thérèse Raquin aura pour sûr une lignée.
Très-certainement l'horreur est partout ici-bas; seulement l'affaire de l'artiste est de la rendre agréable à la vue. C'est ce qu'on excelle à faire dans cet Orient d'où nous est venu le shah de Perse.--Voyez, par exemple, avec quelle délicatesse les conteurs du pays du soleil nous rapportent leurs histoires!--Et justement, en voilà une dont le fonds est tout autre que beau,--mais que d'art dans la forme qu'on y met!
C'est tout un roman ou toute une comédie, au choix.
Un joaillier d'Ispahan avait une fille qu'il aimait. Il l'appelait Petite Framboise, ce qui est un joli nom. Petite Framboise était fort laide, bossue, borgne, bancale, trois fois marquée au B, comme on dit chez nous, il fallait être l'auteur de ses jours pour la supporter.--Cependant le joaillier, voulant l'établir, imagina de lui donner pour mari un aveugle.
--Du moins, pensait-il, celui-là, ne la voyant point, ne pourra la mépriser.
Effectivement l'aveugle fit très-bon ménage avec sa femme.
Une année environ après la lune de miel, on annonça en ville l'arrivée d'un savant; c'était un personnage très-fort en chirurgie et célèbre de Stamboul à la Mecque comme oculiste. L'étranger avait rendu la vue à un très-grand nombre d'aveugles de l'un et de l'autre sexe. Comme on pressait le beau-père de mener son gendre au praticien:
--Je m'en garderai bien, répondit-il.
--Pourquoi?
--S'il rendait la vue à mon gendre, mon gendre me rendrait bientôt ma fille.