7° L'évacuation de la ville de Khiva par les troupes russes placées sous le commandement en chef du général Kaufmann est fixée au 15 (27) août 1873.
Courrier de Paris
aaaa Toutes les gares sont encombrées de colis. En ce moment, 50,000 voyageurs vont et viennent, chaque jour, afin de prendre leurs tickets. On part. Ceux-ci vont à la mer, ces autres à la montagne. Hier encore, cela s'appelait aller en vacances. Il était de règle de courir les champs. Il fallait voir du pays, se mettre au frais ou au vert. On vient de changer ce langage pour un jargon de haut goût, mais d'un français horrible. Tout en tenant à la main un sac de nuit, on dit: «Vous le voyez, je ne suis plus à Paris. Me voilà en déplacement.» Childe Harold faisait un pèlerinage, mistress Trollopo un tour, Alexandre Dumas des voyages. De nos jours, on se déplace. Les plus rompus à la grammaire du temps disent: «Je suis en déplacement de villégiature.» A première vue, on pourrait prendre ces mots-là pour du chinois ou pour du persan. Non, je le répète, c'est du français; c'est le français de la bonne compagnie d'à présent. On cite des femmes qui écrivent cavalièrement à leurs fournisseurs: «Inutile de présenter vos notes avant deux mois pleins. Pendant tout août et tout septembre, je serai en déplacement.» Vous pensez bien que l'élégante Mme Poudre-de-Riz s'arrange pour être convenablement déplacée, et la jolie Mlle Fleur-de-Pêcher de même.
Après cet engouement pour un substantif absurde, la chose dont on s'occupe est la question des égouts. Les quartiers du monde où l'on s'amuse poussent de grands cris à propos d'odeurs insalubres venant du sous-sol de Paris. Rome avait érigé un temple à Vénus Méphytis afin que la mère d'Énée, protectrice des Quintes, écartât de la ville les exhalaisons pestilentielles.
M. le préfet de police vient, de prendre une mesure plus conforme à notre temps. Il a rassemblé une commission d'hygiène et de salubrité publique avec charge de purifier nos cloaques. Deux ou trois académies sont en déplacement à ce sujet; on les fait descendre à l'aide d'échelles au fond des égouts.
Tout étranger qui a visité notre capitale affirme que le Paris souterrain est une chose incomparable; MM. les académiciens ne sont pas éloignés de partager cette opinion. Cependant chacun s'est prudemment pourvu d'un flacon d'éther, bouché à l'émeri. L'étonnement de ces personnages illustres n'est pas de voir la grandeur ni la perfection de ces égouts au milieu desquels on peut se promener tout un jour à pied, en voiture ou en bateau; non, ce qui excite le plus leur admiration, c'est la bonne mine et la belle humeur des égoutiers.
Qu'est-ce donc qu'un égoutier?
Tous les jours le passant s'écarte à dessein de l'égoutier. On ferme les yeux, on se bouche le nez. Il faut fuir ce travailleur qui est toujours courbé sur la poste, mais pour nous en garantir, il est couvert d'une blouse sordide; il a sur la tête une casquette de cuir; il se chausse de grosses bottes, maculées d'immondices. En voilà bien assez pour ne point s'approcher. Eh bien, savez-vous quel est l'homme qu'on évite avec tant de soin? Un idéal de pureté. N'est pas égoutier qui veut, croyez-le bien. Antinoüs, le plus beau des anciens, aurait été égoutier, peut-être, et encore n'est-ce pas bien sur. Sachez qu'on ne peut le devenir qu'en s'assujettissant aux prescriptions d'un programme des plus sévères. Un jury examine le candidat. Pas l'ombre d'une maladie héréditaire, aucun défaut physique, nulle tare du sang ni de la peau. Très-peu de contemporains sont à même d'offrir une surface irréprochable. En sorte que Gratiolet disait, un jour:
--Trois membres du Jockey-Club ne formeraient pas un égoutier.
Rien n'est plus exact que ce que je dis là. Au point de vue corporel, l'égoutier est donc, comme vous le voyez, le produit le plus parlait de la civilisation actuelle. Voilà de quoi rabaisser l'orgueil de bien des sots. Voilà aussi de quoi faire comprendre le mot d'un médecin en vogue à un gros banquier. Le Crésus voulut un mari pour sa fille unique. Il voulait, avant tout, un gendre bien portant, d'un sang rose, ce qui était de mise pour prolonger sa lignée.