Écoutez... Din! din! din! C'est bien lui, et le voilà. «A la fraîche! qui veut boire? A la fraîche!» Ainsi crie-t-il en se promenant. Accourez donc, vous dont la soif est grande et la bourse petite. Le marchand est avenant et le verre profond, et vous en serez quitte pour la simple bagatelle d'un sou. Même il fut un temps où pour cette somme vous auriez pu récidiver. Aujourd'hui les temps sont durs.

Le marchand de coco n'a aucune prétention à l'élégance, et il a généralement passé l'âge des amours.

Je ne prétends pas pour cela qu'il n'aime plus rien. Le plus souvent son nez protesterait. EN effet, il a volontiers à la bouche le proverbe: «A petit manger bien boire;» mais pas de l'eau. Qu'il y ait dans cette eau de la racine de réglisse ou du citron, il n'importe. C'est dire qu'il ne tourne que rarement à son intention le robinet de sa fontaine. Aussi, lorsqu'ils se rencontrent, comme autrefois les augures, deux marchands de coco ne peuvent-ils se regarder sans rire.

C. P.

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Les Nouveaux enchantements, de Mme P. de Saman (1 vol. in-18, chez Michel Lévy).--Il y a quelques mois, Mme de Saman publiait un volume qui fit du bruit, beaucoup de bruit, trop de bruit au gré de quelques-uns. Cela s'appelait les Enchantements de Prudence et l'on y apprenait une foule de particularités curieuses sur certains hommes, illustres ou non, de la Restauration et de la monarchie de Juillet. L'auteur, qui était une femme, racontait sans sourciller ses aventures avec M. Libri et avec sir Édouard Bulwer-Lysson, et elle nous mettait au courant des petits repas folâtres qu'elle faisait, dans un cabaret des environs du Jardin des Plantes, avec Chateaubriand, qu'on nous montrait chantant du Béranger au dessert. Ce livre étrange était du moins piquant. Il souleva de vives polémiques. Le fils de l'auteur, M. Marcus Allart, s'en mêla, et les Enchantements de Prudence obtinrent, en somme, un vrai succès de scandale.

Mme de Saman en profite aujourd'hui pour lancer un second volume, les Nouveaux enchantements. Mais ceux qui y chercheront des révélations et des souvenirs sur les contemporains seront parfaitement déçus. Ce livre ne ressemble malheureusement pas au premier; il n'est même qu'une spéculation de l'auteur qui a pris texte du bruit fait autour des premiers Enchantements pour livrer au public de vieux articles sur Pitt, Burke, Diogène, la Chine, l'Inde, etc., et même des pensées détachées et des Nouvelles comme l'Indienne et Jérôme ou le jeune prélat. Il y a des qualités de style, une science étonnante chez une femme, des pages agréables dans ce livre, mais l'ensemble est confus et d'une lecture fatigante.

Ces Nouveaux enchantements n'enchanteront que peu de gens et en désenchanteront un assez grand nombre. Le premier livre était léger, débraillé, bizarre, soit, mais il était curieux; celui-ci est ennuyeux. C'est le défaut le plus grave qu'on puisse reprocher à un ouvrage qui porte ce titre: Enchantements.

RÉBUS

EXPLICATION DU DERNIER RÉBUS: