A cinq heures du matin, l'infanterie allemande quittait les baraquements, et à sept heures les dragons hanovriens débouchaient, musique en tête, de la rue Saint-Laurent, pour traverser la place Duroc et prendre la route de Faulquemont. A mesure qu'ils s'éloignaient, les fenêtres jusque-là fermées s'ouvraient derrière eux, se pavoisaient de drapeaux, d'oriflammes et de bannières; la population se répandait dans les rues, tandis que les cloches des églises Saint-Laurent et Saint-Martin, sonnant à toutes volées, allaient joyeusement porter au loin la nouvelle de l'heureuse délivrance. Le soir, la ville était illuminée.
Le lendemain 3, à dix heures du matin, arrivée des soldats français. Tout Pont-à-Mousson s'était transporté à la gare, où, à l'heure dite, une compagnie du 94e de ligne mettait pied à terre. Le maire et ses adjoints se trouvaient là pour la recevoir. Inutile d'appuyer sur l'accueil chaleureux qui lui a été fait. Comme la veille, toutes les maisons étaient pavoisées, et la foule n'a cessé, durant cette journée, de circuler dans les rues, donnant un libre essor à une joie et à un enthousiasme bien naturels.
La compagnie du 94e de ligne a pris possession des baraquements de Médières, situés à un kilomètre de Pont-à-Mousson.
L. C.
L'Inauguration de la statue de lord Thomas Cochrane, à Valparaiso
Nous avons reçu du Chili les deux dessins que nous publions dans le présent numéro, concernant l'inauguration du monument élevé à Valparaiso à la mémoire de l'amiral Thomas Cochrane, l'un des hommes qui contribuèrent jadis le plus activement à l'affranchissement de cet État du joug de l'Espagne.
Voici en substance le discours du ministre de la guerre et de la marine, que nous choisissons entre ceux prononcés dans cette solennité:
«Lord Thomas Cochrane, mort en Angleterre il y a quelques années, était le fils aîné d'une illustre famille anglaise. Doué du plus noble caractère, fruit d'une éducation libérale, il avait su obtenir de bonne heure l'estime et la confiance de ses concitoyens. Ses prouesses comme marin et le rôle prépondérant qu'il joua en cette qualité dans le terrible conflit engagé contre la France sous le premier Empire lui valurent une réputation européenne.
«Poussé par un invincible besoin d'aventures et aussi par un amour inné de la liberté, il offrit le concours de son épée au Chili dans la lutte que nous soutenions alors contre l'Espagne pour conquérir notre indépendance.
«La situation de la flotte chilienne, créée au prix des plus douloureux sacrifices, était précaire; de récente formation, peu nombreuse, manquant de marins exercés, elle faisait bien difficilement, face aux nécessités du moment. L'illustre général Blanco Encalada, un des héros de cette époque glorieuse, venait de capturer la frégate espagnole Maria Isabel et cinq bâtiments de transport que l'Espagne envoyait au secours des forces royalistes du Pacifique.