Le 15 août suivant, Napoléon inaugurait la colonne militaire destinée à perpétuer le souvenir de ses victoires sur le père de la nouvelle impératrice.
La nouvelle situation de l'empereur à l'égard de l'Autriche ne pouvait manquer, on le conçoit, de refroidir sensiblement l'enthousiasme qui s'était allumé, quatre années auparavant, au pied de la colonne.
Nous avons dit quel sacrifice à l'amour-propre d'Alexandre 1er avait inspiré au vainqueur d'Austerlitz son vague projet d'union avec la grande-duchesse de Russie.--A plus forte raison devait-il, à la suite de ce mariage effectif, une concession de même nature aux vanités de François II.
Aussi l'inauguration n'eût-elle ni l'éclat, ni le retentissement auxquels, dans d'autres circonstances, on aurait pu s'attendre. Les journaux du temps en parlent à peine et le font avec un luxe de discrétion, une pénurie de détails et un embarras d'expressions très-curieux à constater.
Autre fait topique:
Il avait été décidé que, le jour même où la colonne serait officiellement livrée aux regards du public, un grand ouvrage paraîtrait contenant jusqu'aux moindres détails d'exécution.--Dans ce but, tous les bas-reliefs et ornements avaient été recueillis, dessinés et gravés avec le soin le plus minutieux.
Au dernier moment, l'empereur donna l'ordre d'ajourner la publication (3).
Note 3: En 1822, un graveur, M. Ambroise Tardieu, reprenant cette idée pour son compte, a publié un album très-intéressant qui résume l'œuvre en trente-six planches, d'une exécution fort consciencieuse.--Il est d'autant plus regrettable que la même conscience n'ait pas présidé à la rédaction du texte, que cet ouvrier devait--par son caractère de sévérité particulière--accréditer un certain nombre d'erreurs aujourd'hui persistantes.
J. D.
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Ferons-nous maintenant une description méticuleuse du monument? Il est difficile de passer outre dans une Histoire de la colonne, d'une part. D'autre part, c'est à cette description seule que se sont bornées toutes les publications spéciales, et il en a été tant édité, que nous risquons fort de fatiguer le lecteur en entrant dans cette voie. Fatigue qui nous serait pénible, au moment où nous atteignons la partie vraiment intéressante de notre travail.