Les pasteurs de Beni-Hassan

Beni-Hassan est un village de la Haute-Égypte, situé sur la rive droite du Nil et au sud du Caire, dont il est distant d'environ deux degrés. Village assez pauvre, peuplé de pauvres gens, dont les maisons, pour la plupart faites en terre cuite au soleil, n'ont rien de confortable. Cette population est en majeure partie composée d'Arabes paysans, mêlés à un petit nombre de Coptes, confondus les uns et les autres sous la même appellation de Fellahs. Cultivateurs et pasteurs, ils vivent des produits de la terre et de leurs troupeaux que, dans la saison favorable, ils vont faire paître au loin, près de quelque marabout vénéré au dôme blanc, qu'ombragent les dattiers. Cet arbre est encore une de leurs ressources. Ils mangent son fruit mélangé avec une bouillie faite de farine et de graisse de mouton. Les pasteurs de Beni-Hassan ne portent pas de burnous, mais une sorte de courte tunique que recouvre mal un haïk attaché à la tête avec une pièce d'étoffe roulée en turban.

Dans le voisinage de Beni-Hassan se trouvent quelques hypogées qui sont, comme le mot l'indique, des souterrains creusés dans le flanc des montagnes et servant de lieu de sépulture. «En général, dit M. René Ménard, les hypogées s'annoncent par une façade taillée verticalement dans le rocher et par une porte ouvrant sur un couloir qui s'enfonce dans la montagne. Ces couloirs sont entrecoupés par des pièces carrées ou rectangulaires dans lesquelles se trouvent les sarcophages.» A Beni-Hassan ces pièces sont pleines d'anciennes peintures égyptiennes.

L. C.

L'expédition de Khiva

L'attention du public vient d'être appelée de nouveau sur l'expédition entreprise par les Russes dans l'Asie centrale.

Un télégramme publié par le Daily Telegraph de Londres annonçait il y a quelques jours que les Khiviens s'étant révoltés contre les conquérants, ceux-ci avaient dû sévir avec la dernière rigueur et que la capitale du khanat avait été complètement détruite; cette nouvelle était, heureusement, fort exagérée; mais des troubles avaient éclaté, et il paraît certain que la Russie aura quelque peine à établir définitivement son autorité au milieu de ces peuplades insoumises. On sait que l'autorité militaire russe n'a voulu admettre dans l'état-major du général Kaufmann aucune personne n'appartenant pas à l'armée, et qu'il a été à peu près impossible d'obtenir d'autres renseignements sur l'expédition que ceux que l'état-major lui-même a bien voulu livrer à la publicité. C'est donc pour nous une véritable bonne fortune que de pouvoir publier, d'après un journal illustré anglais, deux croquis dont l'authenticité ne laisse rien à désirer et qui donneront à nos lecteurs une idée du caractère sauvage du pays que la colonne expéditionnaire a eu à traverser. L'un de ces croquis représente le lac Koundi, situé à vingt milles de Kinderli, en pleine steppe, et dont l'eau a été une précieuse ressource pour les troupes; l'autre dessin a pour sujet un cimetière khirgise, sur la route d'Orenbourg.

Cendrillon, tableau de M. James Bertrand.

On se rappelle les succès obtenus, pendant ces dernières années, par la Virginie et l'Ophélie du même auteur. M. James Bertrand se plaît, à retracer les images de ces héroïnes de la poésie ou du conte, et son gracieux talent se plie merveilleusement à la représentation des types consacrés de la légende poétique ou enfantine. Voyez cette pauvre Cendrillon, tristement assise auprès de l'âtre ou pétille le feu de la cuisine; elle a interrompu sa besogne, ses mains sont retombées sur l'assiette qu'elles tenaient, et son œil mélancolique erre vaguement dans les espaces mondains à peine entrevus, où ses orgueilleuses sœurs étalent les charmes de leur insolente beauté; tous les détails sont justes et appropriés au sujet, jusqu'à cette pantoufle tombée à terre qui laisse voir à nu le petit pied que Perrault a rendu immortel. Il semble que la fée bienfaisante va paraître et compléter l'illusion.

Château-Landon