--Nous acceptons! s'écria Nicolas qui, ayant ouvert une porte et jetant un coup d'œil dans la salle à manger, n'avait entendu que la première phrase; tiens, mais je ne vois que deux couverts.

--C'est, comme moi, dit le comte en faisant un effort pour dissiper le nuage qui venait d'assombrir sa physionomie; je t'ai fait libre, mais je n'ai pas encore aperçu les fraises qui devaient être le prix de notre marché.

Nicolas Makovlof tourna et retourna le panier qu'il tenait toujours sous son bras et qui paraissait singulièrement allégé.

--C'est trop juste, s'écria-t-il; mais c'est qu'il n'en reste presque plus de fraises! C'est un peu votre faute, monsieur le comte; je m'ennuyais horriblement sous ce rideau d'où je n'entendais pas un mot de ce que vous disiez, et je n'avais qu'elles pour me distraire.

--Allons! repartit philosophiquement le jeune homme en offrant son bras à Alexandra, tout est pour le mieux, et la volonté de mon oncle n'en aura été que plus strictement exécutée.

--Désormais, ajouta le marchand en les suivant dans la salle à manger, la cage d'or n'aura plus rien à envier à la branche verte.

G. de Cherville.

BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE

Les Intermèdes, par M. Edmond Cottinet (1 vol., librairie des Bibliophiles).--C'est un volume de vers, un joli volume, non-seulement par le papier, la typographie, les fleurons artistiques de Claudius Popelin,--un maître,--mais par le ton des vers, l'inspiration, le charme qui se dégage des uns et l'amertume qui coule des autres. M. Edmond Cottinet est un auteur dramatique que nous ne soupçonnions pas d'être un poète. Il avait rimé, pour lui-même ou pour des amis, deux cents pages de vers qu'il présente aujourd'hui au public. C'est ce qu'il appelle «Les Intermèdes» de sa vie. Le titre est fort agréablement expliqué, on le voit, et M. Cottinet avait le droit d'être moins modeste.

La première partie de ces Intermèdes a pour titre Jeunesse lointaine. Ce sont des vers de la vingtième année, très-sincères et très-émus, ne se piquant point d'être rimés selon les règles sévères d'aujourd'hui, mais sentis, mais touchants, et d'un accent très-juste. Les souvenirs d'amitié et d'amour ont ici un ton de vérité qui plaît et séduit. Le nom de M. Jules Barbier revient souvent dans les vers de M. Cottinet, qui cite lui-même des pièces excellentes de l'auteur des Chants d'un franc-tireur.